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 [Saga] Les Annales du Disque-monde

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Jacana


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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mer 10 Jan - 21:50

Bah dis donc, tu nous en ponds des pavés :P

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mer 10 Jan - 22:03

Ça va aller, pour la correction ? :P

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mer 10 Jan - 22:24

T'inquiète, c'est bon, c'est fait, et c'était très intéressant. J'ai vu sur un site dédié à La Ballade de Pern qu'une personne avait conseillé une lecture, dirons-nous, essentielle, avec environ 5 tomes sur 16, une autre dite « étendue » avec environ 10 tomes sur 16, et la totale. En fonction des tomes qui lui semblaient indispensables pour comprendre l'histoire et, aussi, plus subjectivement, en écartant ceux qui n'avaient pas trouvé grâce à ses yeux.

J'arrive voir vaguement quels sont les tomes qui valent la peine grâce à tes avis, mais ça a l'air bien compliqué de comprendre déjà le cycle. Je n'ai lu que Mortimer, donc, si j'ai bien compris, je peux passer à Le Faucheur sans souci. J'ai cru comprendre aussi que Trois soeurcières était sympa. Et je me dis que le premier qui parle de Pern, ça peut être drôle...

Mais sinon, ça te semble pas mal comme choix l'un des deux que je cite ? (J'ai beaucoup aimé aussi le personnage de la Mort Smile)

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Jeu 11 Jan - 9:02

Okay, j'avais un doute parce que le légendaire [CPJ] n'apparaissait pas (je l'ai rajouté du coup), mais en fait on pouvait voir que tu l'avais corrigé autrement : éditer un post avec des balises list met le chaos dans lesdites balises (les sauts de ligne disparaissent, le mise en forme italique/gras/etc. disparaît aussi...), faut tout retaper après xD

(Ceci étant dit, si vous avez besoin d'aide à la correction de manière générale, n'hésitez pas !)

En ayant lu Mortimer, tu peux effectivement passer à Le Faucheur : tu sais comment le personnage de la Mort fonctionne et son univers également, toute l'importance des sabliers et tout, donc tu ne devrais pas être perdue. Trois soeurcières est effectivement sympa, et tu peux commencer le cycle des Sorcières par celui-ci étant donné que le premier livre officiel des Sorcières, La Huitième fille, n'a aucune importance narrative sur la suite des livres des Sorcières. Donc en effet, Le Faucheur et Trois soeurcières me paraissent pas mal, ± La Huitième couleur pour avoir peut-être une idée plus claire du fonctionnement de l'univers, parce que c'est un tome qui crache beaucoup d'exposition, mine de rien (quoique chaque tome le fasse à sa manière, chaque livre apporte des idées supplémentaires qui viennent étendre l'univers du Disque-monde, donc...). Et sinon les quelques livres hors cycle, en particulier Les Petits dieux, que j'avais beaucoup aimé (⚠️ les tomes que je considère hors cycle apparaissent parfois comme faisant partie d'un cycle alors qu'ils sont déconnectés les uns des autres, certains sous la mention Anciennes civilisations, d'autres sous la mention Révolution industrielle [en dehors des livres qui concernent Moist Von Lipwig, c'est-à-dire Going Postal, Making Money et Raising Steam, qui eux sont interconnectés] : pour être plus clair, sont considérés hors cycle, selon moi, Pyramids (T7), Moving Pictures (T10), Small Gods (T13), The Truth (T25), The Amazing Maurice and his Educated Rodents (T28), et Monstrous Regiment (T31)). Après, j'ai du mal à conseiller les livres qu'il a fait après Thief of Time, et en particulier à partir de Thud!, non seulement parce que je ne les ai pas lus, mais également parce que beaucoup de critiques en font de mauvais retours (Unseen Academicals tout particulièrement), et beaucoup font remonter que la démence d'Alzheimer a beaucoup affecté son écriture... À voir !

J'espère que c'est à peu près clair, j'ai du mal à me rendre compte xD

Tu as lu Mortimer en français du coup ? Tu as trouvé la traduction comment ? (La question est peut-être un peu difficile si tu n'as pas l'original à côté pour comparer, cela dit.) L'humour ne rend pas trop lourd en français ? Smile

EDIT: Aaaargh, 1001 messages au compteur, un joli palindrome numérique ! Je ne vais plus oser poster de peur de briser ce joli nombre maintenant ^^
EDIT 2: Tant pis, j'ai craqué, j'ai posté de nouveau.


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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Jeu 11 Jan - 11:44

Ahhhh merde pour les balises list, comment ça se fait ? C'est trop nul !... Désolée... À voir si c'est une bonne idée de les utiliser du coup :/ Merdouille.

Oui, lu en français (un ami me l'avait prêté). En ce qui concerne l'humour, dur de comparer, en effet, sans avoir l'original entre les mains... Mais ça allait, peut-être même qu'un peu plus ça n'aurait pas fait de mal, ce qui me fait dire que pas mal d'éléments sont passés à la trappe, et que, du coup, ça n'en devient pas lourd, mais qu'on y perd quelque chose.

Je prends note de tes commentaires, camarade, merci pour tes conseils :P

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Jeu 11 Jan - 11:48

@Jacana a écrit:
Ahhhh merde pour les balises list, comment ça se fait ? C'est trop nul !... Désolée... À voir si c'est une bonne idée de les utiliser du coup :/ merdouille.

Je ne comprends pas pourquoi ça fait ça. :/ Peut-être qu'il faut ouvrir et fermer une balise par ligne, mais ça ne change rien au fait que les autres balises disparaissent. Et ça n'a pas de sens. Je vais chercher un autre moyen pour afficher les citations (la balise quote affiche clairement « Citation » et ça ne me plaît pas trop >_< #ToiAussiFaisLeDifficile).

Citation :
Exemple

Alors que la balise list me permet de faire des alinéas sans que ça se voie... mais il n'y a pas de balise alinéa comme alternative xD


    Exemple





@Jacana a écrit:
Oui, lu en français (un ami me l'avait prêté). En ce qui concerne l'humour, dur de comparer, en effet, sans avoir l'original entre les mains... Mais ça allait, peut-être même qu'un peu plus ça n'aurait pas fait de mal, ce qui me fait dire que pas mal d'éléments sont passés à la trappe, et que, du coup, ça n'en devient pas lourd, mais qu'on y perd quelque chose.

D'accourd ! Smile

@Jacana a écrit:
Je prends note de tes commentaires, camarade, merci pour tes conseils :P

Pas d'quoi ! :P

EDIT: Oh, petite anecdote sur Pratchett que je n'ai pas pensé à inclure dans mon pavé : il a été adoubé chevalier de l'ordre de l'Empire britannique, et le fait est qu'il voulait une épée pour accompagner ce titre, mais qu'aucune ne lui a été offerte (contrairement à l'Académie française, l'ordre de l'Empire britannique ne fournit pas d'épée). Du coup, il a appris à forger lui-même, et s'est fabriqué sa propre épée... à partir de météorite.


EDIT 2: J'ai trouvé une solution ! La balise blockquote fait un incrément de paragraphe sans tout supprimer des marques de mise en page à la moindre édition !

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Sam 12 Mai - 14:12

T12 — Witches Abroad (VF : Mécomptes de fées)

''S called the Vieux River.'
'Yes?'
'Know what that means?'
'No.'
'The Old (Masculine) River', said Nanny.
'Yes?'
'Words have sex in foreign parts,' said Nanny hopefully.


Suite à la mort de Desiderata, une sorcière un peu particulière puisqu'elle était une fée marraine chargée de s'occuper d'Emberella dans la contrée un peu lointaine de Genua, Magrat, une des trois sorcières de Lancre dont on suit les aventures depuis Wyrd Sisters, se voit chargée de partir loin de Lancre pour reprendre ce rôle, laissé de fait vacant. Mais, à Genua, une vieille femme joue avec des miroirs...

Bon, j'ai enfin terminé Witches Abroad, des mois après l'avoir commencé. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant peiné dans une lecture du Disque-monde. Pas depuis The Light Fantastic, je dirais. Laissons tout de suite de côté les points positifs : l'écriture est drôle, les blagues sont justes, et les personnages sont toujours aussi attachants. On se plait largement à voir Esme râler, et comme d'habitude dans les livres consacrés aux sorcières, elle est le point central du livre. Ceci étant dit, ses deux consoeurs prennent peu à peu du poids, tout particulièrement Magrat qui, n'ayant pas dépassé le stade de comic relief dans Wyrd Sisters, s'affirme dans ce tome-ci. Elle devient décisionnaire à part entière, et se laisse de moins en moins écraser par Esme, tout en gardant un brin de naïveté qui mettra à plusieurs reprises le cast dans le pétrin. De nouveaux personnages font leur apparition qui ne réapparaîtront sûrement plus jamais dans le Disque-monde mais qui s'avèrent particulièrement marquants : Lilith est, malgré ses actions, une grande idéaliste dont on pourrait se trouver assez proche, et Gogol est un ajout particulièrement intéressant à la troupe (quoiqu'elle fasse à nouveau se poser la question du racisme dans les écrits de Pratchett).

L'idée nodale qui parcourt Witches Abroad, bien que simple, est particulièrement efficace : les histoires ont, en elles-mêmes, du pouvoir et peuvent, dans certaines circonstances, prendre vie. Et cela donne lieu à de nombreuses situations comiques qui prennent à contre-pieds les histoires traditionnelles et certaines méthodes de narration classiques, et pose avec beaucoup d'humour la question des stéréotypes dans les contes : pourquoi certains ressorts scénaristiques existent-ils ? Et pourquoi ont-ils perduré ? Et c'est également l'occasion de détourner des histoires connues de tou·te·s : ainsi on croisera des nains réparateurs de balais volants, un simili-Gollum, le magicien d'Oz...

Mais le fait est que le livre met beaucoup trop de temps à démarrer. La première moitié est consacrée au périple de Magrat, Esme et Gytha depuis Lancre jusqu'à Genua, et rien qui fasse avancer l'histoire ne s'y produit. Ce sont des petites saynettes secondaires, des blagues qui suivent des blagues. Et de fait, l'intrigue se traîne lentement, avance à petits pas, et ça a vraiment été difficile pour moi de passer ça. Et, comme si Pratchett n'avait pas voulu faire dans la demi-mesure, une fois nos protagonistes arrivées à Genua, tout s'accélère, au point qu'on n'a plus le temps de trouver son souffle, qu'action après action la narration ne prend plus la peine de se poser, et la vitesse ne fait que croître jusqu'au dénouement. Et cela aussi, je l'ai trouvé pénible. Couplé au fait qu'il y ait bien trop de personnages, on finit rapidement par ne plus s'y retrouver.

Ceci étant dit, quel dénouement... Ça n'a jamais été la force de Pratchett, les fins ; en attestent l'affreuse confusion que constitue la conclusion de Mort et la fin bâclée de Soul Music. Certaines sortent un peu de l'ordinaire, et apportent une touche fraîche voire poétique au livre à laquelle on ne s'attendait pas, comme celle de Pyramids ou celle de Small Gods (qui, à y bien réfléchir, sont relativement similaires). Mais la fin de Witches Abroad est grandiose. Magnifique. Puissante. Poignante. Ingénieuse. Philosophique.

Enfin bref.

Witches Abroad est un livre correct qui souffre d'un problème de rythme certain et qui, parce qu'il offre une réinterprétation humoristique du genre du conte de fée (qui n'est vraiment pas mon truc), n'a pas vraiment su m'accrocher. Mais il est plein de bonne volonté et d'humour, et, sans être un incontournable, est plutôt agréable.




Prochaine critique de la série : Lords and Ladies !

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Dernière édition par L'erreur sociale le Mar 24 Juil - 21:24, édité 2 fois (Raison : Corrigé par Aurélie)
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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mar 24 Juil - 21:59

T14 — Lords and Ladies (VF : Sorcières et Nobliaux)

’That's all very well,’ said Nanny, ’but what you're saying is, for every Mr. Ridcully that survives tonight's work, 999,999 are going to get killed?’
’Yes, but I'm not bothered about those other buggers,’ said Ridcully. ’They can look after themselves. Serve 'em right for not inviting me to their weddings.’
’What?’
’Nothing.’


Il m'est difficile de trouver les mots concernant ce tome. Malgré mes efforts d'intellectualisation vis-à-vis de ce que j'ai pu ressentir à la lecture, je n'ai rien à en dire. Ou rien de bien constructif en tout cas. Mais on ne fait pas une chronique avec rien, macarel ! Alors il va bien falloir essayer...

De quoi parle Lords and Ladies ?

Ce quatorzième tome du Disque-monde, centré sur les sorcières de Lancre, se déroule tout de suite après les événements de Witches Abroad, au retour desdites sorcières de leur voyage à Genua. D'ailleurs, assez étrangement, Pratchett (et c'est le seul volume de la saga à ma connaissance qui bénéficie d'une telle explication) précise en préambule que, s'il n'est pas nécessaire d'avoir lu un autre livre du Disque-monde pour comprendre celui-ci, il est préférable d'avoir lu Witches Abroad, faisant de Lords and Ladies le seul autre tome (avec The Light Fantastic) à être considéré comme une suite plutôt qu'un épisode indépendant. En réalité, et c'est ce que montre le même préambule lorsqu'il s'attache à établir un bref résumé des péripéties traversées par Esme, Gytha et Magrat en vadrouille, tout ce qu'il est important de savoir, c'est que les sorcières étaient précédemment en voyage et qu'elles viennent juste de revenir à la maison.

Peu après leur retour, donc, et parce qu'elles ne peuvent visiblement pas avoir la paix, de curieux phénomènes commencent à se manifester, et l'on comprend rapidement que les elfes, habitant·e·s d'une autre dimension qui leur sert presque de prison, tentent de pénétrer le Disque-monde. À ce point du récit, ces créatures sont pratiquement un mythe, des histoires à raconter aux enfants, une invention de l'esprit... mais il s'avère qu'elles sont bien réelles. Et très différentes de ce que tout le monde pouvait penser. À la fois majestueuses, sadiques, malveillantes et égoïstes, le narrateur les compare à juste titre, à un moment, à des chats — c'est-à-dire que si les chats ressemblaient à des crapauds, on se rendrait plus rapidement compte qu'il s'agit de psychopathes égocentrés. De même pour les elfes : tou·te·s semblent tomber sous leur charme... et leurs coups. L'invasion va-t-elle être endiguée ?

Je n'ai aucun reproche à faire à ce livre. Non pas qu'il soit parfait, et j'ai beaucoup plus vibré avec Reaper Man, Thief of Time ou Small Gods (dont peut-être les imperfections rendent justement le tout plus vivant), mais il ne fait rien mal. L'humour est bien dosé, le rythme est savamment géré (alors que Witches Abroad souffrait d'une première moitié mollassonne et d'une seconde moitié effrénée, Lords and Ladies sait très bien faire monter la tension pour atteindre son apogée en milieu de livre, et redescendre pour apporter une conclusion à toutes les sous-intrigues et tous les arcs narratifs — on ne s'ennuie pas, et je n'ai absolument pas vu passer les quatre cents pages), les personnages sont adorables et ont tous leur moment poignant (en particulier Esme ♥️, mais l'évolution du personnage de Magrat marque par son ingéniosité et en même temps par sa fidélité à ce qui le rend singulier), l'intrigue (quoique très simple) est prenante...

Rien ne déborde. Et pourtant... je reste sur ma faim. C'est tout ce que j'en attendais (même si je pense que la lecture d'A Midsummer Night's Dream, dont Lord and Ladies reprend une partie de la trame, me permettra de saisir certaines références que j'ai dû louper), mais ça n'est rien de plus. Comme un hamburger qu'on aurait l'habitude de prendre à McDo : une valeur sûre, mais dont le goût est tellement imprégné dans les papilles gustatives qu'il n'offre plus rien de surprenant.

Dans tous les cas, j'ai passé un excellent moment !

Un tome de très bonne qualité, qui contraste beaucoup avec le précédent livre, centré sur les sorcières. Une bonne surprise, et, dans le même temps, une expérience teintée d'une familiarité pas trop étonnante.




Prochaine critique de la série : Men At Arms !

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Dernière édition par Jacana le Mer 25 Juil - 17:54, édité 1 fois (Raison : [CPJ])
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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Lun 30 Juil - 22:05

T15 – Men At Arms (VF : Le Guet des orfèvres)

Carrot stuck his head and shoulders through the hole, but Colon tried to pull him back.
‘Hang on, lad, you don't know what horrors lie beyond these walls—‘
‘I'm just having a look to find out.’
‘It could be a torture chamber or a dungeon or a hideous pit or anything!’
‘It's just a student's bedroom, sergeant.’
‘You see?’


Men At Arms marque le premier retour au Guet municipal pour moi depuis... un petit moment déjà. Quelque chose comme huit tomes. Peu ou prou. Retrouver Sam Vimes, Carrot, Nobby, Colon et toute la clique a été un vent de fraîcheur dont je n’avais pas tout à fait réalisé la nécessité avant d’avoir le livre sous la main. À ce cast déjà attachant viennent en plus se greffer d’autres personnages colorés, et si certains sont inconnus au bataillon, j’ai été agréablement surpris de retrouver Gaspode et Detritus, deux personnages qui jouent un rôle important dans un livre précédent de la série, Moving Pictures. Et ces deux-là, particulièrement Detritus, qui est amené à beaucoup évoluer, apportent une patte, un humour, un je-ne-sais-quoi particulièrement bienvenu.

Mais je m’égare avant même d’avoir parlé de l’histoire !

Men At Arms met donc en scène le Guet municipal qui, au départ du livre, se voit contraint par Vetinari, le dictateur Patricien de la ville d’Ankh-Morpork (en pratique la plus haute autorité qui gouverne sur ses citoyens), de recruter ses membres parmi les minorités, afin de remplir des quotas qui apaiseront, selon le même Vetinari, ces mêmes minorités : nain·e·s, troll·e·s, mort·e·s-vivant·e·s, etc. C’est ainsi que le Guet va être amené à recruter le nain Cuddy, le troll Detritus et Angua, seule femme de la garde (et qui, au passage, est un personnage ultra-badass ♥️). Ce qui va être un prétexte pendant tout le livre pour traiter du racisme, puisque les nain·e·s détestent les troll·e·s, qui détestent les nain·e·s, et les humain·e·s, quand à iels, détestent à peu près tout le monde. Mais on y reviendra.

En parallèle, un aristocrate, Edward D’Eath, afin de mettre à la tête de la ville l’héritier au trône, va se lancer dans un large complot afin d’assassiner toutes une bonne partie de la haute société, et notamment le Patricien. Et le Guet va se retrouver à enquêter sur les meurtres qui s’accumulent...

Reprenant le thème du détective noir qu’il abordait déjà dans Guards! Guards!, Pratchett construit une histoire plutôt plaisante quoique prévisible, intéressante quoique déjà vue, engagée quoique superficiellement. Dans l’ensemble, il s’agit d’un tome correct, sans être fantastique. Il constitue un divertissement de bonne qualité, à condition de n’en rien attendre d’autre.

Ceci étant dit, j’ai eu quelques soucis à la lecture. Le thème du racisme, déjà, traité de manière assez naïve (même si je dois admettre que voir Detritus réagir aux événements de la fin du livre m’a fichu quelques frissons), quand bien même elle serait louable, transpire d’un certain paternalisme pataud et se plante clairement de coupable à pointer, préférant se focaliser sur les tensions internes entre populations codées comme opprimées plutôt que de soulever les enjeux du système de racisme et des populations oppressantes.

D’autre part, il y a de nombreuses récurrences de personnages qui agissent de façon inconsistante par rapport aux caractéristiques que Pratchett avait précédemment établies d’eux, des passages réellement out of character. De Sybil Ramkin, femme forte et impétueuse devenue dans ce tome épouse docile et effacée, à Carrot, homme bienveillant et premier degré devenu froid et calculateur, je me suis demandé à plusieurs reprises s’il s’agissait bien des personnages que je connaissais. D’autant qu’ils ne maintiennent pas cette inconsistance pendant tout le tome, alternant entre des scènes où leur comportement est familier à la personne intime avec l’univers et des scènes où leur comportement détonne clairement.

Enfin, l’humour est d’un peu moindre qualité que d’habitude. Il est bon, mais paraît un peu pataud et mollasson.

Un tome rafraîchissant, qui souffre de certaines incohérences et d’une intrigue un peu faible, mais qui reste un bon divertissement agrémenté de quelques réflexions pas toujours pertinentes, pas toujours illégitimes, sur le sujet du racisme.




Prochaine critique de la série : Maskerade !

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mer 8 Aoû - 13:13

T18 — Maskerade (VF : Masquarade)

Granny Weatherwax had never heard of psychiatry and would have had no truck with it even if she had. There are some arts too black even for a witch. She practised headology — practised, in fact, until she was very good at it. And though there may be some superficial similarities between a psychiatrist and a headologist, there is a huge practical difference. A psychiatrist, dealing with a man who fears he is being followed by a large and terrible monster, will endeavour to convince him that monsters don’t exist. Granny Weatherwax would simply give him a chair to stand on and a very heavy stick.


Depuis le départ de Magrat, qui finalement s’est aperçue qu’elle appréciait son rôle de reine à la fin de Lords and Ladies, les sorcières de Lancre sont au nombre de deux et, il faut bien l’avouer, s’ennuient. Particulièrement Esme Weatherwax (qui, pour autant, ne l’admettra jamais, trop attachée à son ego). C’est pourquoi Gytha Ogg va comploter pour les faire aller à Ankh-Morpork et, au passage, tenter de recruter Agnes Nitt, précédemment rencontrée dans le même Lords and Ladies, parmi elles. Sauf qu’Agnes est partie pour trouver sa voie dans l’opéra, et qu’elle ne compte pas franchement laisser tomber ce destin-là. Même si, à l’opéra, un fantôme meurtrier sévit...

Depuis quelques tomes, et bien que la mayonnaise n’a pas pris avec Soul Music, Pratchett a atteint une sorte de vitesse de croisière qui lui est confortable et avec laquelle il produit des histoires de qualité, intéressantes, drôles et dans lesquelles j’aime me plonger. Pourtant, la recette ne change pas vraiment d’un tome à l’autre, on retrouve les mêmes sortes de gimmicks, et c’est du coup assez étonnant de voir que mon intérêt ne chute pas pour autant. Et même si les mécaniques restent similaires, on ne peut nier que Pratchett s’en sert pour explorer de nouvelles questions, pour développer de nouveaux personnages ou placer des personnages que l’on connaissait déjà dans une lumière nouvelle. Je n’ai donc pas grand-chose à dire sur ce livre, qui est à la fois suffisamment similaire aux autres tomes de la série que j’aime déjà et suffisamment différents d’eux pour créer un mélange de familiarité et de surprise qui ne manque pas une occasion de m’agripper du début à la fin.

De fait, Maskerade est un de mes livres préférés du Disque-monde, avec Wyrd Sist– Mmm... vous savez quoi ? Si je devais classer les romans du Disque-monde, cela donnerait quelque chose de ce genre* :

Waw absolument absolu : Reaper Man (#11), Small Gods (#13), Thief of Time (#26)
Tout bonnement bon : Equal Rites (#3), Mort (#4), Wyrd Sisters (#6), Guards! Guards! (#8), Lords and Ladies (#14), Men At Arms (#15) Hogfather (#20)
Pas mal : Pyramids (#7), Witches Abroad (#12)
Bof : Moving Pictures (#10), Soul Music (#16)
Beurk : The Colour of Magic (#1), The Light Fantastic (#2)

* L’ordre dans chaque catégorie est purement chronologique, non pas un ordre de préférence** : je préfère de loin Thief of Time et Reaper Man à Small Gods, par exemple.
** Et d’ailleurs, l’ordre de mes préférences est extrêmement fluctuant et est amené à changer au fil des lectures et de comment mes souvenirs tendent à se modifier.


Eh bien, si j’avais à ajouter Maskerade à ce classement, il arriverait largement aux côtés de Mort dans les tomes vraiment chouettes.

J’ai longtemps lu que Pratchett avait une écriture très cinématique, dans  le découpage de ses scènes, dans le rythme, dans la façon avec laquelle il construit ses dialogues... et c’est vrai. Mais je crois que ça n’a jamais été aussi vrai que dans ce tome-ci. Le rythme, en particulier, est particulièrement effréné, et j’aurais presque préféré qu’il se pose davantage par instants (mais surtout qu’il n’accumule pas cliffhanger sur cliffhanger, parfois de manière assez forcée — par exemple, un personnage va chuchoter à l’oreille d’un autre quelque chose que le·a lecteur·trice ne saura pas, ou apprendra bien des pages plus tard ; et cela se produit relativement souvent durant tout le livre). Mais dans l’ensemble il est vraiment très prenant. Et Maskerade a ce côté que Thief of Time développera avec plus de dextérité de laisser les révélations suffisamment évidentes pour que le·a lecteur·trice les devine à l’avance et en même temps suffisamment tarabiscotées pour que ce ne soit pas exactement ce qu’iel a deviné, de telle sorte à ce que le livre ait toujours une longueur d’avance en laissant penser à la personne qui lit que c’est elle qui a une longueur d’avance.

Si Lords and Ladies faisait de Magrat le personnage central, amené à évoluer et à grandir, Maskerade est davantage centré sur Gytha Ogg qui, jusque-là reléguée à une position relativement secondaire — plutôt en complémentarité avec la personnalité tranchante d’Esmeralda Weatherwax —, prend une importance massive dans le duo et est beaucoup plus impliquée dans l’intrigue, ce qui est franchement appréciable.

Bref.

Un bon tome. J’approuve avec tous mes pouces (3 ? scratch) en l’air !




Prochaine critique de la série : Feet of Clay !

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Lun 20 Aoû - 17:33

T19 — Feet of Clay (VF : Pieds d’argile)

‘Is It Frightening To Be Free?’
‘You said it.’
‘You Say To People “Throw Off Your Chains” And They Make New Chains For Themselves?’
‘Seems to be a major human activity, yes.’


Une nouvelle conspiration pour destituer le Patricien d’Ankh-Morpork se trame dans l’ombre. Et, une fois de plus, cela va être au commandant Samuel Vimes, nouvellement aristocratisé par alliance, et toute son équipe du Guet de démêler le mystère autour de l’empoisonnement de Vetinari ainsi que du meurtre d’un prêtre et d’un gardien de musée... le tout dans un contexte de méfiance publique vis-à-vis des golems utilisés comme main d’œuvre ici et là dans toute la ville, ces créatures sans volonté créées pour être exploitées leur capacité à ne jamais se fatiguer. On raconte dans les chaumières qu’ils se seraient mis à tuer des gens...

Je ne vais pas m’étendre trop longtemps sur le sujet. Il s’agit du dix-huitième roman du Disque-monde que je lis et, croyez-le ou non, il devient de plus en plus difficile de dire des choses sur ce que j’en pense, ou du moins de dire des choses fraîches et/ou intéressantes. À ce stade-là de l’écriture de la saga, comme je le disais dans ma critique de Maskerade, Pratchett a atteint une certaine vitesse de croisière : il écrit des histoires prenantes, avec un rythme équilibré, un humour rodé (je ris assez ouvertement de certaines blagues, et parfois le fou rire me prend subrepticement dans les transports en commun... et ça n’est pas glorieux red), des personnages définis et attachants. Et pourtant, alors qu’on pourrait supposer une certaine lassitude liée à la répétitivité des formules et des arcs narratifs, Pratchett parvient, sans réellement surprendre, à happer l’attention (la mienne, en tout cas smile).

Et je ne sais pas vraiment ce qui fait que je peux autant apprécier dévorer tome après tome... un savant mélange entre familiarité rassurante et nouveauté rafraîchissante, peut-être ? Je me sens, à la lecture, à la fois en terrain connu et à la fois dans un monde où tout pourrait arriver.

Pratchett, en nous plaçant dans un univers dont on connaît désormais la plupart des subtilités, peut se permettre d’explorer le caractère de ses personnages, de questionner notre rapport au monde, et c’est ce qu’il fait assez bien ici (et avec pas mal de bienveillance — les écrits de Pratchett sont quand même toujours assez feel good) avec une interrogation qui, finalement, jalonne toute son œuvre : qu’est-ce qui fait de nous des humain·e·s ? Comment se construit notre identité, et quelle importance accordons-nous aux choses ? Et, certes, il le fait ici à travers les golems, qui pour le coup ne sont pas des êtres humains, mais la réflexion n’en est pas moins intéressante quoique relativement superficielle.

Dans l’ensemble, Feet of Clay est un ouvrage de bonne qualité, que je placerais largement aux côtés du précédent tome centré sur le Guet, Men At Arms (quoiqu’il soit un peu plus faible en termes d’enjeux émotionnels, et Detritus, qui avait pris une place majeure précédemment, semble un peu stagner malheureusement). Je le trouve un peu lent à démarrer et un peu rapide sur la fin, mais c’est assez typique dans les romans du Disque-monde et ça n’entache pas la lecture comme avait pu l’être le rythme de Witches Abroad, par exemple. Je ne suis pas très amateur de polars, et encore moins du genre roman noir/hardboiled duquel le cycle du Guet pompe clairement son inspiration. D’autant plus que Pratchett a la fâcheuse tendance de créer beaucoup de sous-intrigues au mystère qui, une fois résolues, ne donnent pas la sensation d’une résolution satisfaisante, complète et compacte. La conclusion de l’énigme, de l’enquête, reste souvent à la fin du livre au mieux capillotractée, au pire encore assez floue. Et c’est fort dommage. Mais ça n’altère pas la qualité du récit proposé, et de tout le divertissement et la joie qu’on peut en tirer.

J’ai bien aimé. Un livre de bonne qualité, au même titre que Men At Arms, qui souffre de certains défauts mineurs assez symptomatiques de l’écriture pratchettienne sans qu’ils soient pour autant un obstacle à la lecture. Somme toute, un tome représentatif de la saga à son apogée.




Prochaine critique de la série : Jingo !

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MessageSujet: Re: [Saga] Les Annales du Disque-monde   Mer 29 Aoû - 15:45

T21 — Jingo (VF : Va-t-en-guerre)

It was so much easier to blame it on Them. It was bleakly depressing to think that They were Us. If it was Them, then nothing was anyone's fault. If it was us, what did that make Me? After all, I'm one of Us. I must be. I've certainly never thought of myself as one of Them. No one ever thinks of themselves as one of Them. We're always one of Us. It's Them that do the bad things.


Lorsque l’île de Leshp surgit des profondeurs de l’océan sans crier gare pile poil entre Ankh-Morpork et l’empire de Klatch, qui jusque-là, entretenaient une paix relativement cordiale, cela crée des tensions. À qui appartient ce bout de terre ? À nous ! disent les citoyen·ne·s d’Ankh-Morpork. À nous ! répondent celleux de Klatch. Et voilà que la possibilité d’une guerre commence à faire surface dans tous les esprits...

Je suis assez partagé concernant ce tome du Disque-monde. Il m’a fait énormément rire, et en même temps, je suis assez déçu de ce qu’il propose. Les prémices avaient un potentiel énorme, peut-être aussi grand que Small Gods. Aborder le sujet de la guerre, c’était l’opportunité de creuser des questions aux ramifications innombrables, aux profondeurs insondables, et d’intérêt général, comme avait su le faire Small Gods avec les concepts de religion et de foi. Au lieu de cela, Pratchett use d’un ton paternaliste (comme il le fait souvent quand il s’agit de parler de féminisme ou de racisme) et, c’est assez rare je trouve, plutôt condescendant pour faire la morale. La guerre, c’est mal, les foules, c’est bête, et voilà. Voilà tout le message qu’on peut emporter de Jingo.

Un truc qui m’a toujours embêté avec les romans du Guet municipal (et d’autres, mais c’est avec ceux-là que la chose est la plus flagrante), et que je n’avais pas vraiment réalisé avant de lire l’interview que fait Cory Doctorow de Terry Pratchett, par ailleurs très intéressante (trouvable ici en anglais, pour celleux qui le souhaitent, je peux éventuellement en traduire le contenu, mais cela me demandera un petit moment), c’est la manière qu’il a de représenter l’autorité.

Si je peux suspendre mon incrédulité quant à un corps de police empathique et altruiste, tourné vers la protection des faibles et dans la révolte quasi permanente, sans crier « ACAB » à tout bout de champ, il m’est beaucoup plus difficile d’avaler que l’autorité dans une société est justifiée. En fervent défenseur des débats horizontaux et étant persuadé que la hiérarchie est une aberration, j’ai du mal à accepter le propos que tient implicitement Pratchett, c’est-à-dire que l’autorité est un moyen nécessaire d’obtenir un status quo qui, s’il ne bénéficie pas à tou·te·s, est bénéfique au plus grand nombre, en niant de fait la pluralité des êtres et de leurs besoins. Et la deuxième partie du propos de Pratchett, qui m’étonne davantage compte tenu du fait qu’il dresse des portraits individuels profondément humains et intéressants, c’est que l’autorité est nécessaire parce que les masses sont bien trop stupides pour arriver à s’en sortir seules. Après tout, une de ses phrases les plus citées, et qui revient dans plusieurs tomes du Disque-monde (je me demande si elle n’apparaît pas également dans Good Omens), est : ‘The intelligence of that creature known as a crowd is the square root of the number of people in it’ ou sa variante ‘The IQ of a mob is the IQ of its most stupid member divided by the number of mobsters.’ (« L’intelligence de cette créature connue sous le nom de foule est la racine carrée du nombre de personnes qu’elle compte »/« le QI d’un groupe est égal au QI de son membre le plus stupide divisé par le nombre de personnes dans le groupe. ») Dès lors qu’il décrit des foules, il les met en scène de manière grotesque et simple. Et c’est ce qui se passe dans Jingo, où les élans nationalistes du peuple d’Ankh-Morpork me paraissent très exagérés, irréalistes et simplifiés. On me dira que c’est de la parodie, mais même dans le cadre de la parodie, ou de la satire, je trouve cela trop facile, et surtout si l’on considère — encore une fois — la profondeur et l’intelligence avec lesquelles Pratchett traite de religion dans Small Gods.

De même, si certaines figures d’autorité sont clairement montrées comme irresponsables (Rust, par exemple, ou Selachii), elles n’ont jamais réellement de pouvoir. C’est Vetinari qui, à lui tout seul, concentre toute cette emprise. Et Vetinari, quoiqu’il soit un personnage volontairement ambigu, nous est présenté comme sympathique et attachant, mais intouchable. Et c’est effrayant, parce que de fait, on nous montre une forme d’autorité appréciable, nécessaire, et qui, qu’elle fasse des erreurs ou non, ne recevra jamais aucune sanction. Et j’ai beaucoup de mal avec cela.

Outre ce point, le roman regorge de bonnes idées, souvent mal ou peu exploitées. La dynamique Vimes/Ahmed est intéressante, mais trop peu développée, le mystère derrière l’attentat en début de livre aurait pu être captivant s’il n’avait pas très rapidement été oublié dès qu’Angua est mise en danger, l'exploration des rôles genrés par Nobby est rafraîchissant, mais fait forcé et ne sonne pas toujours juste, etc.

[spoiler]Quant à la fin, il s’agit d’un énorme deus ex machina qui, en plus de ne rien apporter à l’histoire, est franchement frustrant, dans le même genre que le retournement de situation qui vient clore Mort, comme si rien ne s’était passé, comme si Pratchett lui-même ne savait pas comment terminer l’intrigue qu’il avait lancée.[/i]

Pour autant, j’ai beaucoup ri. Si l’histoire est paternaliste, que l’intrigue n’est pas captivante, force est de constater que l’humour est au beau fixe, notamment avec les personnages de Fred Colon et Nobby Nobbs qui, jusqu’ici, m’avaient laissé passablement indifférent. De ce côté-là, rien à redire, et j’ai en somme passé un bon moment avec ce livre, quoiqu’il pâtisse de la comparaison avec ses prédécesseurs et d’attentes qu’il ne parvient pas à remplir.

Pris à part, c’est un roman très divertissant et amusant, quoiqu’il y ait beaucoup à dire sur le message qu’il véhicule. Pris dans le contexte de la série entière, c’est un livre passable, bien que drôle. Dans l’ensemble, plutôt oubliable.




Prochaine critique de la série : Carpe Jugulum !

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