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 [ETT] Critiques pour Carabistouilles Fiction, de Léonard Taokao

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Myly


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MessageSujet: [ETT] Critiques pour Carabistouilles Fiction, de Léonard Taokao   Jeu 12 Mai - 20:02

Allez cette fois-ci je me jette à l'eau comme une grande, et je poste ma critique sans avoir demander des avis avant, même pas peur  


Quatrième de couverture:
Après 7 ans d'absence, Silas revient en France. Rues défoncées, chiens errants, militaires omniprésents, enfants pieds nus, vieillards mutilés, partout des dealers et des mendiants... Paris méconnaissable est aux mains de communautés rivales.
Silas réussira à se faire accepter par des squatteurs, militants d'un mouvement anar de libération. Mais pour espérer fuir vers des cieux plus cléments, il y a un prix à payer.

Mon résumé:
Silas débarque en France sans un sou, pour des raisons très floues, sans donner l'impression d'avoir de but précis, à part peut-être vivre jusqu'au lendemain sans trop d'encombres, de préférence. Sauf que le Paris retrouvé a bien changé. La droite et l'extrême droite ont "secouru" la France d'une crise sans fin, creusant un ravin entre les différentes classes sociales, les différentes cultures, les différentes nationalités, s'exilant chacun dans un quartier de la capitale, et se faisant la guerre les unes aux autres. Effaré, Silas ne perd pas de vue pour autant son objectif premier : trouver un squat et crécher en paix. Point. Par hasard, il sauve la vie d'une jeune fille prénommée Louise, qui lui ouvre les portes de son quartier pour y trouver un refuge plus stable et durable. Malheureusement, la rencontre avec des hommes de "pouvoir" et leur plan diabolique risquent d'effacer les espoirs de petite vie tranquille de Silas. Mais sans argent, et dans un milieu désormais inconnu, plus qu'hostile, il faut savoir accorder sa confiance aux bonnes personnes. Seulement, le mot confiance a t-il toujours sa place dans ce Paris dévasté et divisé?

Mon avis:
Etonnant. Je ne saurais pas dire si j'ai aimé ou non ce livre, simplement parce qu'il m'a laissée sur un sentiment d'insécurité. Le monde, et surtout le Paris, décrits dans ces pages, sont totalement imaginés mais ils sonnent comme une "possibilité". L'auteur nous fait faire un bon de quelques années dans le futur pour nous montrer sa vision de ce que le monde pourrait devenir, de ce vers quoi la France pourrait être en train de glisser tout doucement. Le côté angoissant et prenant de ce livre tient au fait que tout se mélange. Nous sommes dans un hypothétique futur, dans lequel nous retrouvons des endroits, des noms, bien connus d'aujourd'hui, et une ambiance moyen-âgeuse créée à coup de rues sans macadam, d'ivrognes décorant le pavé et de pendaison des vilains méchants messieurs par le bourreau cagoulé. Nous sommes dans le futur de notre société qui n'aurait fait que régresser. Certes, le tableau dépeint est volontairement exagéré, mais si l'on regarde autour de nous, ce que nous devenons, ces violences primales qui font rage un peu partout, ces peuples, ces communautés, incapables de vivre ensemble, est-ce que ce tableau semble si improbable finalement? En refermant ce livre, on ne peut qu'espérer que cette histoire ne soit que le fruit de l'imagination débordante d'un auteur, et non une possible prédiction de ce qui nous attend, un jour.

Sans tomber dans l'exagération, Paris est très bien décrit, exposant des paysages de désolation la plupart du temps. L'ambiance étouffée par l'alcool, la drogue, le proxénétisme, nous enveloppe complètement. Quant au thème principal de l'histoire, il est abordé de manière froide et tranchante, cruelle et parfois trop réaliste

Silas, dont nous suivons les tribulations, n'est pas de ces personnages attachants. Il vit dans la galère, fuyant sans cesse sa propre vie, mais le fait de ne pas connaître son but, but qu'il ne connait peut-être pas lui même, rend difficile la compassion. Je regrette de ne pas en savoir plus à son sujet. Etait-il rentré pour rejoindre sa famille? Quelle vision a t-il de son passé des plus hasardeux? Que veut-il faire au juste? Un peu trop d'interrogations restent en suspens autour de ce personnage arrogant et téméraire. Et sa relation avec le personnage de Louise aurait mérité un peu plus de développement, il y a une tension entre eux et un lien qui appelaient à quelque chose de plus, bien que le côté sentimental puisse paraitre très secondaire au sein de cette histoire.

L'auteur donne de la couleur à son roman par le vocabulaire utilisé. Cru. Les mots claquent comme des fouets à chaque phrases, à grand renfort de vulgarité. D'abord déconcertant, il se fait ensuite oublié, étant probablement le langage le plus adapté au contexte de l'histoire. Le style est net, imposant. L'auteur n'a pas froid aux yeux et prend des risques, avec le langage, mais aussi avec ce qu'il veut raconter. Pas de gant. Pas de pincette. Juste la "réalité" de cette vie, de cette France. Et il est appréciable de plonger dans une histoire qui ne passe pas par quatre chemins pour nous mener là où il faut.

Je conseillerais ce livre aux personnes qui suivent de près le monde politique, notamment français, mais également à un public "jeune", je dirais à partir de 17/18 ans, pour voir un peu les enjeux que cette politique souvent perçue comme ennuyeuse et trop "théâtrale" peut avoir sur la vie, sur un pays, sur le long terme. Et même si ce roman ne reste que pure fiction, il est sûrement bon de rappeler qu'un pays, aussi "sain" qu'il puisse paraitre, peut pourrir plus rapidement qu'il ne faut de temps pour l'écrire.

Un grand merci au forum A&M et à la maison d'édition pour ce partenariat des plus enrichissants.


Critique consultable également ICI


Dernière édition par Aurélie le Ven 13 Sep - 14:32, édité 2 fois (Raison : Correction)
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MessageSujet: Re: [ETT] Critiques pour Carabistouilles Fiction, de Léonard Taokao   Ven 27 Mai - 8:41

Alors alors comment dire ? J'ai juste A-Do-Ré... Quoi ce n’est pas suffisant comme critique ?!?

Bon d'accord mais c'est bien parce que c'est vous...

Carabistouille Fiction c'est l'histoire du retour en France de Silas après des années d'errance en Europe de l'Est. Il retrouve un Paris méconnaissable coupé en deux entre d'un côté les rues défoncées livrées à la loi du plus fort, aux bandes rivales où il vaut mieux ne pas avoir peur de se salir les mains pour se faire une place et de l'autre des quartiers bourgeois ultra sécuritaires.
En fait Carabistouille Fiction c'est une politique fiction d'une France qui aurait complètement basculée dans un délire sécuritaro-communautariste : bref aux mains d'une extrême droite carrément fascisante quoi...

Le pire c'est que sous le couvert de la fiction, l'auteur pointe du doigt des vérités qu'on s'exerce presque quotidiennement à ignorer. Bref un roman d'anticipation qui nous laisse un sale goût de misère et de saleté et qui nous fait réfléchir sur nos propres actions au quotidien : si notre belle France se dirigeait par là, sommes nous parmi les inactifs qui font les autruches en criant que tout va bien et que tout est normal ?!? L'histoire de Silas n'est qu'un moyen de démontrer les dérives que notre société connaît et vers lesquelles elle tend car c'est bien là tout le sujet de roman déjanté, dérangeant et au ton prophétique.

Subversif, servi par une écriture sans concession, le récit a vraiment une force et une portée impressionnante. Bon, il ne faut pas être hermétique à l'argot et autres propos scabreux et impolis et j'avoue que le vocabulaire pourrait en choquer certains. N'empêche, que décrire des horreurs avec des mots crus ça les rend forcément encore plus palpables et dérangeantes.

Les personnages ne sont pas forcément très développés mais ils ne sont là que pour servir le sujet. Du coup, ça ne m'a pas du tout gêné. On a toutefois affaire à toute une bande de marginaux qui survivent comme ils peuvent. Silas le personnage principal est le plus développé forcément : éternel marginal qui vit un peu à côté de ses pompes et se contentent de vivre dans le présent est à l'image de ce Paris imaginé où on survit plus qu'on ne vit.

En refermant ce court livre, on n'a qu'une envie c'est de laisser ressortir l'ado rebelle et un peu anar qu'on était il n'y a pas si longtemps et qui ne peut pas imaginer que Carabistouille Fiction devienne réalité. Et finalement, ça nous donne un bon coup de pied aux fesses et on se dit qu'on a aussi des devoirs civiques et que ça repose sur chacun de nous de ne pas en arriver là. Une grande découverte que ce roman !

Un grand merci aux Editions Territoires Témoins et au forum d'Accros et Mordus pour ce partenariat percutant qui nous fait réfléchir.

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MessageSujet: Re: [ETT] Critiques pour Carabistouilles Fiction, de Léonard Taokao   Lun 6 Juin - 20:09

Si on devait résumer ce livre, court certes mais fascinant, je dirais tout simplement qu'il est original tout en nous faisant réfléchir sur la société dans laquelle nous vivons aujourd'hui.

Ce petit roman nous raconte les aventures de Silas qui rentre en France à Paris après 7 ans d'absence et qui trouve une ville méconnaissable coupée en deux avec un gouvernement qu'il qualifie de fasciste. Si sur la rive-Est de la Seine, tout est sécurisé et les gens semblent vivre "normalement", sur la rive-Ouest règne une sorte de chaos et de loi du plus fort où les gens sont avides de liberté et souvent drogués mais se battent contre le régime en place. C'est dans cette partie de la ville qu'une grande partie de l'histoire se situe.
Silas nous décrit la rive ouest comme chaotique, comme si un ouragan était passé et avait tout détruit sur son passage. Les trottoirs sont défoncés, la drogue est monnaie courante ; il nous décrit surtout une ville où l'inflation fait s'envoler les prix. A travers ce roman, l'auteur nous montre dans quelle société dégradée nous vivons aujourd'hui sans réellement nous en rendre compte.

L'originalité de ce roman réside d'ailleurs dans le fait de cette dénonciation de la société dans laquelle nous vivons tous les jours en ignorant ses maux car on les considère comme normaux. Mais au fond sont-ils réellement normaux ? Car sans s'en rendre compte nous vivons dans une société de ce type où le chômage règne, où la drogue et l'inflation ont des effets ravageurs et où des personnes vivent dans la misère totalement exclus du monde de ceux qui ont un travail et peuvent vivre aisément bien à l'abri dans leurs maisons.

Ce roman à une réelle force et portée sur le lecteur du fait que l'auteur ne mâche pas ses mots et n'hésite pas à utiliser des mots crus voire vulgaires pour décrire cette triste réalité. Si cela peut en choquer certains, cela permet aussi de faire en sorte que le lecteur se sente réellement concerné par ce Paris ravagé. L'auteur ose réellement critiquer la société en le faisant indirectement mais ouvertement par le biais de Silas qui n'hésite pas à blasphémer contre la religion, à cracher sur la soi-disant république qui règne. Il fait valoir ses opinions avec conviction et s'y tient quoiqu'il arrive. Et quand le passé de Silas le rattrape, il cesse de fuir et l'assume avec toutes ses conséquences.

Dans un sens ce roman possède une réelle morale de ce point de vue puisqu'il nous montre bien à quel point nous vivons dans un monde destructeur, d'exclusion, de dépravation, d'avilissement et de corruption. Tout se paie et se paie même très cher, aussi bien les produits que l'on consomme que nos actes. Par ailleurs, il nous rappelle que notre passé finit toujours par nous rattraper.

Lorsqu'on referme ce court livre, on en sort bouleversé mais on s'interroge réellement sur notre société et on se demande si Carabistouilles Fiction ne représenterait pas finalement notre futur si l'on ne réagit pas. C'est peut être cela qui fait que l'on peut s'attacher à Silas, ce personnage qui semble n'avoir peur de rien pas même de la Mort qu'il considère comme la liberté tant attendue.

En résumé, un livre court mais une histoire bien menée et fascinante qui fait réfléchir le lecteur. D'autant plus que le style de l'auteur est cru, il utilise des mots que chacun pourrait utiliser pour nous toucher encore plus profondément, pour nous atteindre réellement et nous pousser à agir. Un roman réellement génial et une très agréable lecture en tout cas.

Un immense merci à la maison d'édition Territoires Témoins et au forum Accrocs & Mordus pour ce partenariat réellement instructif qui nous fait réfléchir et nous donne envie d'agir.


Dernière édition par Spleen la Jeune le Jeu 12 Juil - 11:21, édité 1 fois (Raison : Correction)
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