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 L'écume des jours

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L'erreur sociale


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MessageSujet: L'écume des jours   Sam 11 Juin - 17:51

L'écume des jours
Boris Vian



informations
TITRE D'ORIGINE : L'écume des jours.
DATE DE PARUTION : 1947.
NOMBRE DE PAGES : 190.
ÉDITION DE TON LIVRE : 10/18.
QUATRIÈME DE COUVERTURE : « Le plus poignant des romans d'amour contemporains », a dit Raymond Queneau. Mais aussi une fête du langage. Entre ces deux pôles s'inscrit ce livre ambigu, narquois et angoissant, où, par le jeu même de la plus insidieuse fantaisie, se découvre une secrète et douloureuse gravité.
Y A-T-IL UNE SUITE ? Nope.



©️ aurélie

Ton avis
RÉSUMÉ PERSONNEL : Colin est un jeune homme aisé, tranquille et pépère, avec un esprit enfantin et un goût particulier pour le jazz. Dans un univers où il est parfaitement logique et normal de voir son appartement rétrécir, de pêcher des anguilles dans son lavabo ou de nourrir la terre de son corps pour faire pousser des fusils, Colin s'éprend de Chloé. Ils se marient. Ils vivent. Puis Chloé tombe malade. Et de là, tout s'effondre.
LE LIVRE EN UN MOT : Frais.
UNE CITATION : « Les gens ne changent pas. Ce sont les choses qui changent. »
UNE NOTE SUR 10 : N/A.
TON AVIS : Je ne peux pas noter ce livre tant mon ressenti est ambivalent. Alors je vais essayer d'organiser mes pensées et de simplifier mon conflit en évoquant d'une part, la forme et, d'autre part, le fond.

La forme : Mon ex-copine, une fois, m'a dit (elle était en Khâgne à ce moment-là) qu'elle commencerait à reconnaître la pertinence d'une image, d'une comparaison, d'une métaphore, à savoir si elle est originale, si c'est un lieu commun... Et depuis, je m'attache beaucoup à regarder avec attention les images employées par les auteurs qu'il m'arrive de lire. Et, pour le coup, je n'ai pas été déçu.

L'écriture du roman, son langage et ses expressions sont géniaux. Ça surprend toujours, c'est frais, et c'est la première fois que je lis un texte pensé aussi différemment. En particulier, j'aime beaucoup l'idée que l'état des personnages influe sur leur environnement : ainsi, lorsqu'un protagoniste va mal, son appartement rétrécit au point d'en devenir méconnaissable, la température chute, les carreaux se ternissent, la luminosité — quoique restée la même au-dehors — diminue à l'intérieur, etc. Mais ça ne s'arrête pas là.

Les péripéties des six personnages surprennent parce que tout est inattendu. La conférence de Partre qui ne ressemble à rien, les ouvriers blessés qui sont littéralement jetés à la poubelle, les gens de l'Église qui dansent sur les tombes des pauvres qui n'ont pas pu se payer un enterrement décent, le patron qui pousse brusquement son employé et qui s'étonne de le voir bouger, les glaces de couleur aux vitres des automobiles... et ce, jusque dans les réactions des personnages déconnectées parfois complètement de la situation dans laquelle ils sont.

Là où Boris Vian est fort, c'est que toute cette absurdité franchement drôle ne diminue étrangement en rien la dimension tragique de l'œuvre. Si beaucoup de scènes sont amusantes, elles n'en demeurent pas moins paradoxalement émotionnelles et intéressantes. En particulier, l'histoire de Chick, qui sombre dans une addiction profonde pour Partre qui petit à petit le ronge, implique à son apogée d'autres personnages décalés et comiques. Et pourtant, on ressent à ce moment précis une profonde compassion pour Chick.

De plus, la possibilité de prendre le roman ou bien comme une métaphore du monde réel, à chercher à décrypter ce que Vian a voulu décrire à travers ses voies impénétrables, à le penser comme situé dans le monde réel mais raconté différemment ; ou bien comme un univers à part entière, avec ses propres codes et détaché du nôtre quoiqu'en étant une parabole, est vraiment bien tournée. Et, si le récit est linéaire et ne souffre d'aucune incompréhension, il ne laisse pas moins plein de questions en tête lorsqu'on le finit.

Spoiler:
 

Une étude complète du roman serait très informative, je pense. Smile Mais je ne pense pas qu'il y ait une seule interprétation possible. À voir.

Outre les images, l'œuvre est bercée par de nombreux jeux avec le langage : la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, tout y passe.
La post-face dit d'ailleurs :

« Boris Vian part à la découverte du langage à l'aide de trois méthodes différentes.
La première consiste à refuser toute figure de style et à prendre le langage au pied de la lettre. Ainsi, on exécutera une ordonnance au moyen d'une petite guillotine de bureau, un homme planté là prendra racine pour peu que le terrain s'y prête, un escalier se dérobera effectivement sous les pas. Ainsi (mais à l'inverse), on s'excuse de n'avoir pas aiguisé comme il le faudrait une pointe d'ail, on s'indigne à l'idée qu'un garçon utilisera un pourboire pour manger.
Une deuxième démarche conduit à des « demi-créations » de mots. Il s'agit, soit de mots existant déjà et utilisés dans un sens détourné (c'est le cas des oiseaux appelés alérions), soit de mots subissant des déformations légères, comme Chevêche, Chuiche, Bedon, antiquitaire, sacristoche.
En troisième lieu, enfin, Boris Vian se livre à des créations totales. On peut encore, ici, faire la différence entre des mots nouveaux désignant des objets existants (le députodrome), et des mots nouveaux désignant des choses nouvelles (le pianocktail).
On pourrait presque définir une quatrième méthode, celle du « jeu de mots », si la plupart des plaisanteries langagières de Vian ne pouvaient s'intégrer à l'un ou à l'autre des trois points précédents, si elles ne constituaient pas des sortes de bis des trois précédentes démarches. C'est ainsi que : Poussez le feu et, sur l'espace ainsi gagné, ou : Se retirer dans un coing se rattachent à la première méthode ; Un portecuir en feuilles de Russie à la seconde. Mais où classerons-nous cette phrase énigmatique : Je passe le plus clair de mon temps à l'obscurcir parce que la lumière me gêne ? C'est ici que le mystère commence. »

Bref, dans la forme, c'est cool. Mais... il est venu le temps de nuancer !

Le fond : Goddammit. L'histoire est une histoire banale, comme bien d'autres, mais ça n'a rien d'important. Ce qui compte, c'est la façon de raconter l'histoire et, comme nous l'avons vu, Vian a fait preuve d'un effort considérable de ce côté-ci. Enfin... Si seulement ça pût être parfait.

L'écume des jours est centré sur six personnages : trois hommes (Colin, Chick, Nicolas) et trois femmes (Chloé, Alise, Isis) qui forment ainsi trois « couples » (quoique celui entre Nicolas et Isis ne soit jamais vraiment officialisé). Et mon plus gros problème réside dans le fait que, si je peux empahtir avec Colin et ressentir ses souffrances, si je peux saisir Chick et son addiction qui se transforme peu à peu en folie compulsive, si je peux dans une moindre mesure comprendre les enjeux qui motivent Nicolas, je suis en revanche vide de tout sentiment pour les personnages féminins, et ce pour la simple raison qu'ils ne sont jamais développés. Chloé ne s'exprime jamais, à part pour dire qu'elle ne se sent pas bien ou qu'elle voudrait faire l'amour avec Colin (ce qui aboutit d'ailleurs à un dialogue magnifique à base de « Mais Chloé, tu es trop faible. / Mais enfin Colin, c'est à ça que sert une femme, non ? Tu ne veux plus de femme ? » — parce que oui, le sexe est la seule finalité de la femme dans un couple marié). Les autres femmes ne sont que des boîtes à faire de la sensualité et du sexe. Rien de plus. On ne connaîtra jamais leurs sentiments, leur vie, leur profondeur humaine. Elles ne vivent qu'à travers les personnages masculins et ne sont là que pour remplir une fonction. C'est... très décevant.

La seule exception arrive vers la fin du roman,
Spoiler:
 

Et, quand on parle d'histoire d'amour, on parle de couple (ou plus, hein). Cela implique toujours au moins deux personnes. Et c'est là mon gros souci. Colin monopolise tout le récit, Chloé est un personnage plat, inutile, fonction. On ne s'y attache pas. Finalement, on s'apitoie sur le sort de Colin et on occulte totalement Chloé souffrante. Et c'est bien nul.

Donc voilà. Je ne sais pas trop quoi en penser, au final.
À QUI LE CONSEILLES-TU ? Je pense que tout le monde devrait le lire et s'en faire sa propre interprétation, son propre ressenti.




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One was a wayfaring knight on an endless, forbidden search.
Only the Abyss granted closure, if not reunion, with his beloved.
Fear not the Dark, my friend.
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Dernière édition par Jacana le Sam 11 Juin - 18:20, édité 1 fois (Raison : [CPJ])
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Aurélie


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MessageSujet: Re: L'écume des jours   Ven 30 Mar - 10:07

Avis
L’écume des jours est le tout premier roman de Boris Vian que je lis, c’est donc sans avoir idée du style de plume que j’allais découvrir que je me suis lancée dans cette lecture.

Dès les premières lignes j’ai compris que je venais de pénétrer dans un univers unique, dans un monde où les limites n’étaient pas celles de l’espace mais plutôt celles du temps. L’environnement dans lequel évoluent les personnages est aussi vivant qu’eux, et même en harmonie avec eux : mobilier, animaux, végétation, … Tout s’accorde à la vie des personnages, renforçant leurs joies et leurs peines et nous faisons plonger tête la première dans le tourbillon de leurs vies.

J’ai souvent été déroutée par les images qu’offrent Boris Vian à travers ses mots mais j’ai surtout été saisie par la justesse de celles choisies, par l’impact qu’elles ont eu sur ma lecture. Les personnages évoluent dans leur bulle, leur monde, ce qu’il se passe autour d’eux les importe peu. Et, doucement, l’extérieur finit par glisser aussi sur nous. Lorsqu’ils se retrouvent à la patinoire, j’ai été stupéfaite de voir des corps s’empiler dans l’indifférence générale puis, peu à peu, ce genre d’événement est devenu un détail, un accessoire à la vie des héros. Et c’est toute la puissance du message : Chloé, Colin, Nicolas, Chick, Isis et Alise sont le centre de leur propre monde et leurs aventures ne regardent qu’eux, tout comme le reste du monde n’a pas d’importance à leurs yeux.

Tout au long de ce roman initiatique, souvent qualifié de conte d’ailleurs, Boris Vian distille ses idées, sur les addictions ou encore sur le travail. En lisant la courte biographie disponible au début de mon édition, la vision qu’il offre du travail dans L’écume des jours prend sens, lui qui « semble avoir vécu plusieurs vies en moins de quarante ans », distribuant son talent à travers plusieurs professions au cours de sa courte vie. Ainsi, Colin ne comprend pas l’intérêt de travailler pour travailler. Il n’aime pas ça, il a besoin d’argent mais souffre de devoir se plier à des tâches aliénantes, des tâches que tout son être refuse d’effectuer convenablement. Colin supporte difficilement de gaspiller son temps pour toucher une misère et surtout d’être loin de Chloé pendant de longues heures. Il supporte mal de devoir travailler pour ensuite profiter. Un mal qui est un fait criant d’actualité, à une époque où on nous pousse à trouver un métier qui nous plait pour que nous vivions bien le fait de devoir passer notre vie au travail.

Et puis il y a la vie, cette vie si précieuse qui est célébrée dans l’insouciance jusqu’à ce qu’elle devienne incertaine, jusqu’à ce qu’elle ne tienne qu’à un fil quand le nénuphar apparait, quand cette métaphore si belle et si cruelle vient rappeler que le temps passe vite, bien trop vite.

L’univers de Boris Vian est percutant de réalisme dans tout l’irréalisme qu’il décrit et c’est ce paradoxe qui fait toute la beauté de L’écume des jours. J’ai été transportée par cette histoire même si je n’ai pas toujours su faire corps avec elle, tant j’ai été déroutée par moment, mais j’ai aimé. La beauté des mots, des métaphores, des images, tout dans la plume de Boris Vian invite à un rêve éveillé. Un rêve où tout n’est pas que fantaisie, où le monde extérieur ne peut malheureusement pas être oublié constamment.



@L'erreur sociale
Ce que tu soulèves sur les personnages féminins est vrai. Clairement, Chloé sert de potiche si on lit ce livre comme l'histoire d'amour entre elle et Colin. Mais, en fait, ça ne m'a pas dérangée parce que j'ai lu ce livre comme l'histoire de Colin. Pas son histoire d'amour, mais son histoire. Et ça rappelle justement les tragédies grecques de Sophocle où, finalement, le personnage central est celui qui est le plus développé et où les autres sont effleurés.
Mon penchant pour les romans plaçant hommes et femmes sur un pied d'égalité aurait pu m'empêcher d'apprécier ce livre mais non. Je crois que j'ai vraiment occulté cette partie en me concentrant vraiment sur Colin. Au final, c'est sa façon d'être : il tombe amoureux parce qu'il la trouve jolie et parce qu'il veut être amoureux, Nicolas prend plus de place au fil des pages parce que Colin le voit peu à peu autrement que comme son cuisinier, Alise reste le personnage féminin le plus "développé" parce que c'est celui qui lui donne envie d'être amoureux... Tout tourne autour de Colin du début à la fin Smile

C'est ce que je me suis dit quand j'ai vu que je n'avais pas tiqué sur le rôle accordé aux femmes on se rassure comme on peut

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