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 Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves

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L'erreur sociale


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MessageSujet: Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves   Ven 12 Jan - 10:27

Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves
Marc-Antoine Mathieu


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informations
TITRE D'ORIGINE : Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves
DATE DE PARUTION : 1990–2013.
ÉDITION DE LA SÉRIE : Delcourt.
NOMBRE DE TOMES : 6.
EST-ELLE TERMINÉE ? A priori ¯\_(ツ)_/¯ Néanmoins, l'auteur n'a jamais affirmé que la série était terminée, et même si aucun tome n'a paru depuis 2013, il n'est pas impossible qu'il en paraisse un autre (il y a eu un hiatus de 9 ans entre le tome 4 et le tome 5, et un autre de 9 ans toujours entre le tome 5 et le tome 6, donc...).



©️ aurélie

Ton avis
LA SÉRIE EN UN MOT : Atypique...?
UNE CITATION : « La bonne marche du monde peut tenir à très peu de choses. Il en va de même pour la bonne marche du temps... Prenez une horloge : tous ses rouages, ses roues dentées, ses pignons, axes, goupilles, pivots, contre-pivots s’agencent à la perfection dans un mouvement juste et rigoureux. Mais s’il intervient le moindre incident ou la plus subtile des variations, l’équilibre est rompu. C’est ce qui arriva une nuit dans l’horloge de J. C. Acquefacques ; le ressort spiral se vrilla de façon infime... ceci entraîna un minuscule dérèglement des phases de ce même ressort, ce qui eut pour effet de fausser très légèrement le mouvement du balancier... et l’horloge se mit à avancer. Quelle influence pouvait avoir la minuscule variation d’un ressort spiral sur la destinée de J. C. Acquefacques ? C’est là toute l’histoire du processus. » (Le Processus, T3)
TON AVIS :
Il est difficile de résumer ce qu’est Julius Corentin Acquefacques, puisque Julius Corentin Acquefacques est plusieurs choses à la fois, et décline son propos sur plusieurs degrés de compréhension. Au premier abord, la BD peut sembler n’avoir pas grand-chose à raconter ou, si elle raconte quelque chose, le fait mal. C’est une erreur.

Pour faire simple, JCA raconte l’histoire du personnage éponyme, simple fonctionnaire au Ministère de l’Humour (dont la fonction n’est jamais clairement explicitée), qui évolue dans un monde dont le fonctionnement dépend des règles, changeantes à chaque tome pour mieux les questionner, de la BD. Il est aussi un personnage tout court, qui occupe donc un rôle qu’il sera bon de questionner également. JCA est donc à la fois une histoire et un moyen de remettre en question les codes de la BD, un discours méta sur le médium en lui-même, et ce, directement grâce au codes de la BD qu’il taquine, quitte parfois à créer des contraintes qui compliquent l’impression des tomes (on y reviendra).


Enfin, JCA, dont Acquefacques est l’envers phonétique de Kafka, utilise une narration similaire : un monde onirique, oppressant, ambigu (le design de l’appartement de JCA est ingénieusement absurde), avec une logique interne qui n’est évidente ni pour le protagoniste, ni pour le/la lecteur•trice, et dont on ne sera jamais trop sûr•e s’il s’agit de la réalité ou du rêve, JCA passant constamment de l’un à l’autre sans frontière claire (après tout, il est un prisonnier des rêves, et en fin de tome on ne peut jamais être certain•e qu’il en soit totalement sorti).

Reprenons tome par tome.

L’Origine narre les aventures de JCA qui, un beau matin, reçoit une planche de BD. Seulement voilà, c’est une planche tirée de L’Origine elle-même. Sur le plan méta, ce tome questionne la place du héros dans une histoire, en faisant de JCA un héros malgré lui. En termes de contrainte technique, Marc-Antoine Mathieu implante l’anti-case, une case trouée qui permet un coup de lire la page d’après à travers la planche et, une fois la page tournée, la page d’avant à travers la nouvelle planche, anti-case qui sera un ressort narratif capital de ce tome.


La Qu..., peut-être mon tome préféré, place JCA dans un complot visant à apporter la couleur dans un monde en noir ou blanc, sans nuance de gris intermédiaire. Le tome sera, de toute évidence, un moyen de se poser la question de la place de la couleur en BD, outre sa place d’outil scénaristique flagrant.

Le Processus part d’une erreur. L’horloge de JCA avance, faisant arriver trop tôt le personnage pour son rendez-vous médical de routine à la médecine du travail, et de fait les médecins le confondront pour le patient d’avant, souffrant d’une psychose grave : ils imposent donc le traitement sacrément costaud (le rêve du plafond qu’ils avaient réservé pour ledit patient d’avant à JCA, qui se trouve complètement perdu dans la BD. En effet, le rêve du plafond fait perdre la limite supérieure des cases de la BD, et JCA peut naviguer comme bon lui semble dans les gouttières, retomber dans des cases dans lesquelles il était passé avant ou dans lesquelles il passera plus tard, jusqu’à affronter le vortex... et surtout, il s’agit du premier tome qui introduit une boucle dans son histoire.


L’Épaisseur du miroir, aussi connu sous Le Début de la fin // La Fin du début, est l’un des tomes les plus ambitieux de la série. À son réveil, JCA s’aperçoit qu’il fait tout à l’envers. Il part donc à la recherche d’une solution. Ce tome 4 possède deux sens de lecture : lorsqu’on arrive à la fin du livre, on le prend à l’envers et on le recommence. Il s’agit de deux scénarii qui s’entrecroisent, comme si le personnage était deux personnages placés sur deux plans opposés, parallèles, dont les histoires s’entrecroisent en un point nodal : le centre du tome.


La 2,333e dimension raconte qu’en rêve, JCA perd un point de fuite. Et, à son réveil, le monde est devenu plat. Le jeu avec la perspective culminera au moment où, perdu dans l’inframonde, la BD se teindra de rouge et de vert et fournira au/à la lecteur•trice des lunettes 3D. Une idée que même moi, ayant des troubles pour voir la profondeur à un cause d’un défaut de stéréoscopie, ai pu apprécier, peut-être moins intensément, mais tout de même.


Le Décalage, enfin, le tome que j’apprécie le moins mais peut-être le plus intéressant, s’ouvre sur la 8è page. Enfin, la première de couverture est la 7è page, la quatrième de couverture en est la 6è. Il raconte les péripéties de JCA, en décalage avec son histoire, qui de fait n’arrive pas à s’y intégrer. C’est aussi un moyen de questionner la place des personnages secondaires en supprimant le héros de l’histoire, un dernier tome donc particulièrement pertinent puisque L’Origine questionnait, elle, la place du héros. En termes de contraintes techniques, c’est peut-être le plus complexe, non seulement parce que sa réelle couverture se trouve au milieu du livre, mais aussi parce que certaines des pages sont déchirées. Et elles ne sont pas déchirées au hasard : la construction des déchirures permet le développement d’une micro-histoire à elle seule.


Marc-Antoine Mathieu est un auteur atypique et, pour le dire franchement, génial. Je l'avais découvert un peu par hasard, lorsque j'avais feuilleté 3" en librairie, projet ambitieux qui construit une histoire ne ne s'articulant que sur des reflets (le reflet de la scène dans un œil va montrer un miroir, qui montre un bout de la rue derrière la fenêtre, qui montre un journal, qui montre autre chose, etc.), puis Sens (parfois présenté comme S.E.N.S., Sens Et Non-Sens ou ). Ils me paraissaient être des OVNI de la BD, et loin de la portée que ma compréhension pouvait en avoir. Et puis j'ai craqué : j'ai acheté Les Sous-sols du Révolu, livre centré sur le Louvre, qui narre la descente sans fin d'Eudes le Volumeur, chargé de dresser l'inventaire du musée du Révolu, musée si ancien que tou·te·s en ont oublié l'origine. Un beau récit savamment construit, plein de jeux de mots et d'ingéniosité. Puis j'ai acheté Otto, l'homme réécrit, qui pose la question du déterminisme de l'existence humaine, et qui m'a plongé dans une transe existentielle de près de deux heures (sans hyperbole). Je ne peux que recommander ce livre.


Et puis ma libraire spécialisée BD m'a chaudement conseillé Julius Corentin Acquefacques, en m'affirmant que c'était le meilleur de la production MAM. Et je n'ai pas été déçu. Les dessins, quoique particuliers, sont, je trouve, magnifiques. Les personnages ont des visages distordus, mais c'est tout particulièrement les paysages urbains, extrêmement fournis et détaillés, qui m'ont conquis. Et l'idée de faire du noir ou blanc, sans nuance de gris intermédiaire, donne à l'image un minimaliste sobre et beau, mais aussi un côté oppressant qui soutient le propos.


Enfin, il y a tout le discours méta sur la BD, qui est profondément passionnant et que je ne pourrais jamais résumer ici. Il faut lire JCA pour saisir. C'est un cri du cœur !
À QUI LA CONSEILLES-TU ? À beaucoup de gens. Aux amateur·trice·s de Kafka, bien évidemment, d'histoires distordues, de narrations atypiques, de casses-têtes,
de discours méta. Avec un brin de maturité et de culture, malheureusement, car le discours cryptique de MAM peut être franchement difficile à saisir (et je ne pense pas l'avoir totalement saisi). D'ailleurs, à ce titre, la lecture de JCA bénéficie grandement de la lecture de L'Enquête sur l'Art de Marc-Antoine Mathieu, de Pascal Krajewski, qui est une analyse passionnante du propos MAMien.

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