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 La Disparition

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L'erreur sociale


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La Disparition _
MessageSujet: La Disparition   La Disparition EmptyMar 6 Mar - 16:29

La Disparition
Georges Perec


La Disparition Perec310

informations
TITRE D'ORIGINE : La Disparition
DATE DE PARUTION : 1969.
NOMBRE DE PAGES : 328.
ÉDITION DE TON LIVRE : Gallimard, collection L’Imaginaire.
QUATRIÈME DE COUVERTURE :
Trahir qui disparut, dans La disparition, ravirait au lisant subtil tout plaisir. Motus donc, sur l'inconnu noyau manquant – « un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal » –, blanc sillon damnatif où s'abîma un Anton Voyl, mais d'où surgit aussi la fiction. Disons, sans plus, qu'il a rapport à la vocalisation. L'aiguillon paraîtra à d'aucuns trop grammatical. Vain soupçon : contraint par son savant pari à moult combinaisons, allusions, substitutions ou circonclusions, jamais G.P. n'arracha au banal discours joyaux plus brillants ni si purs. Jamais plus fol alibi n'accoucha d'avatars si mirobolants. Oui, il fallait un grand art, un art hors du commun, pour fourbir tout un roman sans ça !
B. Pingaud
Y A-T-IL UNE SUITE ? Non.


La Disparition 810
©️ aurélie

Ton avis
RÉSUMÉ PERSONNEL : Anton Voyl est, somme toute, un humain lambda qui, un jour, manque de bol, voit son sommeil perturbé de longs jours durant par un sentiment insomniant : voilà, quelque chose cloche. Il manque quelque chose qui, lorsqu’Anton semble sur le point de voir enfin quoi, échappe à sa portée. Quelque chose d’intangible qui semble çà et là se manifester. Anton se met alors à avoir des visions : un rond pas tout à fait clos, finissant par un trait horizontal. Ou comme une fourche à trois pics. Et surtout, le cinquième livre de son étagère vient à manquer.

Et, un jour, Anton disparaît sans laisser de trace. Et ses proches de se réunir pour comprendre ce qui a bien pu se passer.
LE LIVRE EN UN MOT : Abasourdissant.
UNE CITATION : /
UNE NOTE SUR 10 : Oo/10.
TON AVIS :
De Perec, je n’avais alors lu que Les Choses, roman que j’avais beaucoup apprécié pour ce je ne sais quoi qui lui confère un degré de réalisme palpable, sensible (aidé, sans doute, par l’édition du livre que j’avais entre les mains, aux pages jaunies par le temps, aux caractères d’imprimerie parfois effacés, parfois baveux, à l’odeur de vieux, etc.), ainsi que son style irréprochable. Mais le Perec des Choses, quoique très bon, n’était pas encore le Perec oulipien qu’il allait révéler peu à peu. Et de ce Perec-là, l’œuvre majeure gravée dans les consciences et qui, de fait, m’intriguait beaucoup est bien La Disparition. C’est donc avec pas mal de curiosité et en même temps assez peu d’attentes, faute de pouvoir anticiper, que je me suis lancé dans la lecture de ce roman. Et force est de constater qu’il est largement au-dessus de sa propre légende.

Avant d’attaquer le fond du sujet, petit aparté sur l’Oulipo, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas (je n’ai pas l’impression que le mouvement ait fédéré un large public), ainsi que sur le concept de La Disparition.

L’Ouvroir de littérature potentielle (ou OuLiPo, ou plus simplement Oulipo) est un groupe international d’artistes fondé dans les années 60 par Raymond Queneau et François Le Lionnais, toujours actif à l’heure actuelle, dont l’élan donnera naissance à d’autres ouvroirs centrés sur d’autres arts que la littérature, et dont le concept tourne autour de la création sous contrainte. Ses auteur•trice•s, autodéfini•e•s comme des rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir, sont animé•e•s par l’idée que la contrainte formelle (dont on peut trouver une liste d’exemples ici), et donc à la fois le jeu et l’exercice, est ce qui rend (paradoxalement) l’écrivain•e libre, la littérature potentiellement infinie et la quantité d’écrits et de productions illimitée. Et c’est une philosophie que j’affectionne particulièrement, et que ses membres prennent avec beaucoup d’humour. (D’ailleurs, on peut lire sur certains sites les propos suivants : « On devient membre de l'Oulipo par cooptation. Un nouveau membre doit être élu à l'unanimité, à la condition de ne jamais avoir demandé à faire partie de l'Oulipo. Chaque coopté est évidemment libre de refuser d'y entrer (son refus est dès lors définitif), mais une fois élu, il ne peut en démissionner qu'en se suicidant devant huissier.
Les membres restent oulipiens même après leur décès : ils sont alors, selon la formule consacrée, excusés pour cause de décès. »)

Et c’est dans ce contexte de la contrainte que naît La Disparition, lipogramme en « e », c’est-à-dire que l’écrivain n’utilisera pas une seule fois cette lettre dans tout le texte, pas même dans les nombres qu’il emploiera. Un postulat de départ qui est tout bonnement colossal, d’autant plus dans notre langue française qui utilise à tort et à travers cette voyelle, et à une période anté-Internet, où il serait aisé de fouiller des bases de données, des sites de synonymes, etc. (Et Perec remettra le couvert trois ans plus tard avec Les Revenentes qui, lui, n’emploiera que la lettre « e » comme voyelle dans tous ses mots.) L’on pourrait dès lors s’attendre à un style monotone, plat, répétitif, limité, et employant beaucoup de facilités et de techniques d’évitement, mais que nenni Jamy ! Le champ lexical y est incroyablement riche (bien plus que beaucoup de romans que j’ai pu lire et qui n’avaient pas l’excuse d’une telle formalité), quoiqu’on puisse voir par-ci, par-là, quelques discrètes astuces stylistiques (le passage à l’anglais parfois sans raison et duquel Perec fera d’ailleurs une blague plus ou moins récurrente et liée à la narration, l’utilisation de l’apostrophe, etc. — et, visiblement, une certaine fascination pour le mot « tumulus », allez savoir pourquoi), et le rythme particulier de l’absence de « e » donne au tout un air atypique, non seulement rafraîchissant, mais également prenant. Il transparaît de tout le roman un amour profond pour la langue, qui n’est pas sans rappeler celui que l’on peut lire entre les lignes de l’œuvre de ce sacré Queneau.

Et surtout, comme en poésie, le texte, particulièrement méta et d’une cohérence scriptonarrative [l’équivalent de la cohérence ludonarrative en littérature, mais je n’ai pas trouvé de terme exact alors j’ai néologismé celui-ci ] rare (j’ai d’ailleurs beaucoup ri lorsqu’un des personnages refuse à un autre un porto-flip parce que, je cite : « On... n’a... pas... ça... ici... » et qui finit par en faire une attaque — comprenne qui pourra red), ne donne pas toutes les informations de lui-même, cache énormément de choses sous des petites énigmes, des références cachées (peut-être aidé par son âme de verbicruciste), et il faut aller chercher activement dans entre les lignes toutes les significations de ce que l’on est en train de lire. De plus, construit en 25 chapitres numérotés de 1 à 26 (le 5 manque à l’appel), il y a une véritable harmonie forme/fond. Et ça, c’est bien.

L’univers présenté est très kafkaïen dans la mesure où sa cohérence interne, sa logique intrinsèque, quoiqu’elle soit établie, reste difficilement tangible pour le lecteur et les protagonistes, qui évoluent dans un monde à la frontière du réalisme et de l’absurde — i.e. suffisamment ancré dans le quotidien pour nous sembler familier et suffisamment inhabituel pour éveiller une sensation étrange de distance.

La Disparition Georges-perec-1978-2

En vrai, il avait l’air d’un chic type.

Bref. Un roman intéressant, bien au-delà du résumé simplifié que l’on pourrait en faire au premier abord, bien au-delà du banal « c’est un livre sans e, pas mal non ? » Je poursuivrai avec enthousiasme la lecture de son œuvre, soit par W ou Le Souvenir d’enfance, soit par Un homme qui dort. Smile
À QUI LE CONSEILLES-TU ? Difficile à dire. Si les prémisses, tant formelles que le synopsis, vous tentent, n’hésitez pas une seule seconde. Néanmoins, c’est avec un vocabulaire enrichi (ou, à défaut, un dictionnaire à portée de main) et l’âme d’un détective à la recherche de tous les petits détails signifiants qu’il vous faudra partir à l’aventure. Et, de fait, je ne le conseille pas à trop jeune, mais plutôt à une population mature à la recherche d’un OVNI littéraire. Voili voilou.





Dernière édition par A&M le Jeu 12 Avr - 21:23, édité 1 fois (Raison : Corrigé par Aurélie)
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