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 La Cloche de détresse

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L'erreur sociale


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MessageSujet: La Cloche de détresse   Lun 2 Avr - 8:04

La Cloche de détresse
Sylvia Plath



informations
TITRE D'ORIGINE : The Bell Jar
DATE DE PARUTION : 1963.
NOMBRE DE PAGES : 234.
ÉDITION DE TON LIVRE : Faber & Faber.
QUATRIÈME DE COUVERTURE :
I was supposed to be having the time of my life.

The Bell Jar, Sylvia Plath’s only novel, was originally published in 1963 under the pseudonym Victoria Lucas. The novel is partially based on Plath’s own life and has become a modern classic. Celebrated for its darkly funny and razor-sharp portrait of a society which refuses to take women’s aspirations seriously, it has sold millions of copies worldwide.
Y A-T-IL UNE SUITE ? Non.



©️ aurélie

Ton avis
LE LIVRE EN UN MOT : Langoureuxdéprimant (il ne faut qu’un seul mot alors j’en ai accolé deux pour en former un red).
UNE CITATION :
Then she said, ʻWhat’s the matter with you?ʼ
I turned her my full face, with the bulging purple and green eye. ʻI tried to kill myself.ʼ
The woman stared at me. Then, hastily, she snatched up a movie magazine from her bed-table and pretended to be reading.
UNE NOTE SUR 10 : hope/10.
TON AVIS :
The Bell Jar est l’unique roman de l’écrivaine américaine Sylvia Plath, essentiellement connue pour sa poésie (e.g. The Colossus, Ariel, etc.), pour laquelle elle obtiendra d’ailleurs un prix Pulitzer. Publié au Royaume-Uni quelques mois avant sa mort en 1963 sous le pseudonyme Victoria Lucas, et bien des années après aux États-Unis (1971) — probablement à cause du désir de se dissocier de son propre travail afin d’éviter d’affecter les personnes qu’elle y met en scène plus ou moins subtilement —, Plath y raconte la vie d’Esther Greenwood, de sa vie d’étudiante à New York à son retour à Boston, en passant par sa dépression, les asiles psychiatriques, ses tentatives de suicide, etc. Mais, en réalité, ce que Sylvia Plath narre ici n’est qu’une version romancée de sa propre vie : comme Esther Greenwood, elle a vécu plusieurs épisodes dépressifs majeurs (elle donnera d’ailleurs son nom au phénomène psychologique « l’effet Sylvia Plath », dont la validité est cependant assez mal établie) et a fait plusieurs tentatives de suicide dont la dernière, à l’âge de 30 ans, sera réussie. D’inspiration très clairement autobiographique, The Bell Jar est un roman à clef qui ne s’éloigne de son autrice que par le changement du nom de ses personnages, de ses lieux, et vaguement de la chronologie de ses événements, et dépeint l’entourage de Plath comme affreux.


Ce livre est fantastique.

Je ne vais pas passer quinze ans à détailler élément par élément toutes les petites choses que l’on pourrait lire entre les lignes, toutes les interprétations que l’on pourrait détacher du sous-texte, puisque je pense avoir encore de quoi réfléchir après ma lecture, et que je vous conseille de lire l’œuvre pour vous faire une large idée de ce dont il s’agit, et de pourquoi elle est un classique de la littérature américaine, voire anglophone tout court. À la place, je vais me contenter de présenter le texte.

And I
Am the arrow,

The dew that flies
Suicidal, at one with the drive
Into the red

Eye, the cauldron of morning.


Ariel

The Bell Jar explore plusieurs thématiques à la fois remarquablement en avance sur leur temps et qui m’ont pas mal touché : entre autres, il y a, d’une part, la question de la construction de l’identité, à la recherche de soi dans une société rigide pour les un·e·s et pour les autres, mais surtout pour les femmes cantonnées à des rôles traditionnels qui se cherchent encore dans le monde du travail, reléguées à des tâches de secrétariat là où leurs ambitions les tourne parfois vers l’édition, le journalisme, l’écriture créative... et toutes ces difficultés pour rester en cohérence avec soi-même, pour s’établir en tant qu’individu quand personne ne le voit comme tel, tant au niveau professionnel qu’au niveau de la vie privée (plusieurs fois il est question de mariage, du dégoût profond pour la chose de la protagoniste et de tous ces hommes qui maintiennent que, quand même, elle changera bien d’avis un jour) ; et, d’autre part, la question de la dépression, la perte insidieuse de goût pour la vie, la descente, l’asphyxie qui comprime l’esprit (représentée ici par la cloche qui donne son titre au livre), puis les tentatives de suicide, le monde médical de la psychiatrie de l’époque, l’interminable traversée du désert au fil des asiles et des techniques thérapeutiques parfois discutables (notamment l’électroconvulsivothérapie — ou sismothérapie pour les intimes —, encore utilisée de nos jours quoique controversée, et qui était pratiquée sans anesthésie au moment de l’écriture du roman — needless to say, elle était invariablement mal vécue par les patient·e·s).

Et je dois dire que, l’ayant vécu, Sylvia Plath a su saisir avec une justesse remarquable une forme de dépression que je n’ai pas tant vu que ça dans les œuvres culturelles que j’ai eu l’occasion de lire/voir/entendre et qui traitent du sujet en montrant bien plus une forme plus bruyante. Ici, il n’est pas question de pleurs, de crises d’angoisse, d’une tristesse qui tord l’âme et explore les viscères, ici c’est bien la lassitude qui est le maître-mot. Le monde perd ses couleurs, plus rien n’est agréable, la fatigue prend le dessus. Les émotions s’émoussent, les affects s’atténuent. On n’a plus envie de rien, sinon de se retrancher en soi-même ou de mourir. C’est un texte fort qui capte cet état dans tous ses petits détails, jusqu’à un travail du style qui sert son propos.

J’ai une tendance invariable à prôner, dans toute œuvre littéraire, le style plutôt que le fond de l’histoire, persuadé que toute histoire a déjà été racontée et que tout ce qui compte c’est comment elle est amenée, avec quels mots, avec quelles tournures de phrase, avec quelles mélodies. C’est pour cela que, malgré son histoire fantastique, A Song of Ice and Fire fait partie des livres que j’ai le moins appréciés, et que Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est l’un de mes livres préférés alors qu’il s’agit d’un récit pseudobiographique (j’ai du mal avec le genre biographique), sur un personnage qui ne m’intéresse pas, dans une période qui ne m’intéresse pas, dans une culture qui ne m’intéresse pas plus que ça et
Spoiler:
 
C’est aussi une des raisons qui me font aimer la poésie, dans laquelle l’importance du style est prédominante par rapport au roman, quoiqu’elle marque régulièrement des œuvres romanesques (e.g. Laurent Gaudé, James Joyce...).

Bref.

Mais, me dira-t-on, le style de The Bell Jar n’a rien de bien spécial, et il est même affreusement plat par moments.

« JUSTEMENT ! » m’écrierai-je alors.

Justement, le style monotone et froid était peut-être le seul style envisageable pour raconter l’histoire qui est narrée ici, puisqu’elle montre dans toute leur banalité et toute leur fadeur les émotions décolorées d’Esther, et de manière plus générale les émotions dans la dépression. Il y a d’ailleurs un changement progressif, presqu’imperceptible, de style dans la narration au fil de la descente tout aussi insidieuse d’Esther. Ce qui est bien plus déroutant, c’est la présence d’humour tout au long du livre, souvent très noir, notamment lors de passages durant lesquels on ne l’attendrait pas (ses tentatives de suicide par pendaison, par exemple, créent malgré leur sujet sombre une forme de comique ridicule).

Bref.

The Bell Jar est poignant, fort, intelligent d’autant plus marquant qu’il est une fenêtre ouverte donnant sur la psyché de son autrice.
À QUI LE CONSEILLES-TU ? Je suis embêté. D’un côté, j’aurais envie de le recommander à tout le monde (à partir de la fin du collège/début du lycée, je dirais, histoire de pouvoir saisir pleinement tous les enjeux proposés, voire avant selon maturité). La dimension testimoniale de l’écrit rend l’expérience incroyablement cathartique. Ceci étant dit, faut-il une certaine stabilité émotionnelle avant d’entreprendre le périple qu’il propose ? Pas sûr. En tout cas, si le pitch vous botte, si la vie de Sylvia Plath vous intéresse, foncez.




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MessageSujet: Re: La Cloche de détresse   Mer 4 Avr - 14:47

Whaou. Merci pour cette merveilleuse critique, je me suis régalée de ta plume et de ton analyse.

La Cloche de détresse fait partie de ces livres que j'ai très envie de lire prochainement. Je redoute un peu cette lecture, à cause de ce « pré-requis » : la stabilité émotionnelle. Je pense que je n'en sortirai pas indemne par anticipation.
J'entends beaucoup parler de Sylvia Plath, et je suis assez fascinée par sa personnalité. J'aime déjà beaucoup les quelques poèmes que j'ai pu lire, et j'aimerais mieux la connaître.

Je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé. Smile


Dernière édition par L'erreur sociale le Mer 4 Avr - 18:48, édité 1 fois (Raison : Corrigé par L'erreur sociale)
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MessageSujet: Re: La Cloche de détresse   Mer 4 Avr - 18:53

@RedPanda a écrit:
La Cloche de détresse fait partie de ces livres que j'ai très envie de lire prochainement. Je redoute un peu cette lecture, à cause de ce « pré-requis » : la stabilité émotionnelle. Je pense que je n'en sortirai pas indemne par anticipation.

J'ai du mal à me rendre compte de l'impact qu'il peut créer, parce que chez moi il a eu plutôt un côté apaisant, j'y ai vu en partie une confirmation de mes propres ressentis sur un sujet qui est relativement peu discuté et qui reste encore pas mal tabou, un témoignage (certes glauque vu que l'autrice a réussi une de ses tentatives de suicide) qui me fait me dire que je ne suis pas tout seul.

@RedPanda a écrit:
J'entends beaucoup parler de Sylvia Plath, et je suis assez fascinée par sa personnalité. J'aime déjà beaucoup les quelques poèmes que j'ai pu lire, et j'aimerais mieux la connaître.

Je n'ai pas encore lu sa poésie (j'ai commandé ses livres de poésie, ils ne devraient plus tarder à arriver ^^), j'ai eu un bref aperçu avec ce que j'ai trouvé dans les quelques anthologies de poésie américaine que j'ai lues dans ma vie, et son style donne clairement envie. Hâte de lire ça !

@RedPanda a écrit:
Je reviendrai te dire ce que j'en ai pensé. Smile

Ça marche. Smile Je suis curieux de savoir ce que tu en penseras.

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