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 [Saga] La Bicyclette bleue

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Aurélie


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MessageSujet: [Saga] La Bicyclette bleue   Ven 4 Mai - 15:04

La Bicyclette bleue
Régine Deforges


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TOME 1 : LA BICYCLETTE BLEUE
1939. Léa Delmas a dix-sept ans. Sa vie se résume aux senteurs de la terre bordelaise, à la lumière des vignobles, à la tendresse des siens. La déclaration de guerre va anéantir l'harmonie de cette fin d'été et jeter Léa dans le chaos de la débâcle, de l'exode, de la mort et de l'occupation nazie. Léa va être contrainte à des choix impossibles.
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TOME 2 : 101, AVENUE HENRI-MARTIN
Cet automne 1942, le domaine de Montillac a bien changé. La vie est dure. Le bonheur a fait place aux deuils, l'insouciance aux privations. Au plus noir de l'Occupation, Léa Delmas va découvrir la délation, la lâcheté, la collaboration. Ses proches vont subir les tortures, d'autres trahir. Elle va choisir farouchement le camp de la liberté : La Résistance.

Au mépris de tout danger, dans le Paris des faux plaisirs et des vraies horreurs, elle va s'opposer à l'occupant et tenter de sauver ceux qu'elle aime... Seuls, son appétit de vivre, sa jeunesse, sa fougueuse sensualité lui permettront de tenir tête... On suit ses personnages avec passion et elle sait nous faire vivre ces années d'Occupation, chez les résistants comme chez les collabos, dans les vignes bordelaises comme dans les rues de Paris, avec une étonnante puissance d'évocation.
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TOME 3 : LE DIABLE EN RIT ENCORE
1944 : la guerre a fini d'hésiter et chacun a choisi son camp. L'heure est venue des tueries, des règlements de comptes et des grands affrontements militaires. Léa a mûri. Après avoir découvert l'horreur, elle connaît le courage et la haine. Engagée dans toutes les luttes, jusqu'au bout de ses forces, elle trace son chemin volontaire de Montillac en feu à Berlin en ruine, passant par un Paris en liesse où rôdent encore les dangers. Pendant les deux dernières années de cette guerre atroce, la mort est sa compagne et c'est en elle qu'elle puise les infimes raisons d'une vie qui aura l'éclat de l'amour.
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TOME 4 : NOIR TANGO
En novembre 1945, au sein de l'Allemagne vaincue, le tribunal de Nuremberg juge les criminels nazis.
Léa, envoyée par la Croix-Rouge, y retrouve François qu'elle a revu quelques mois plus tôt à Montillac.
Elle s'effondre lorsque Sarah lui raconte le cauchemar de Ravensbrück. Sarah convainc bientôt François de rejoindre le réseau de "Vengeurs" qu'elle a constitué pour traquer et exécuter les anciens nazis, partout où ils se trouvent.
Une chasse qui les conduira jusqu'en Argentine où le régime péroniste accueille et protège les criminels de guerre.
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TOME 5 : RUE DE LA SOIE
1947 : l’Indochine marche vers l’indépendance. Mais entre Hô Chi minh et le gouvernement français, tout espoir n’est pas évanoui d’une négociation de paix. Telle est la mission officieuse dont est chargé François Tavernier au lendemain de son mariage avec Léa Delmas.
Traquée par d’anciens nazis, celle-ci décide de le rejoindre. De multiples aventures l’attendent entre Saigon et Hanoi, dans ce pays en proie aux convulsions politiques, et en même temps formidablement attachant par son humanité, sa douceur, la splendeur de ses paysages. Léa et François se retrouveront. Mais, entre-temps, l’aveuglement des puissants aura laissé se mettre en branle l’engrenage de la guerre...
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TOME 6 : LA DERNIÈRE COLLINE
Rentrés d'Indochine en 1949, Léa et François Tavernier n'aspirent qu'à mener une vie paisible dans leur belle propriété bordelaise. Pourtant, le général de Lattre fait bien vite appel à François, troublant leur repos : il souhaite lui confier une mission secrète à conduire auprès du Viêt-minh, dans l'espoir de conjurer le désastre militaire qui s'annonce.
Les deux époux et amants vont s'y perdre, se retrouver puis s'y perdre de nouveau... De Saigon - ville de tous les plaisirs et de toutes les intrigues - à Hanoi, en passant par les pays de rizières transformés en champs de mines, le désordre des passions le disputera partout à la violence des combats. Et, dans la jungle, la mort guette à chaque pas ; la passion aussi, incarnée en la personne de Kien, le beau métis qui s'est épris de Léa...
En proie à tous les dangers, emportés par la tourmente d'un conflit aussi cruel qu'inutile, Léa et François sauvegarderont-ils leur amour ? Et c'est parmi les décors tragiques et fascinants d'une guerre évoquée avec des accents d'une vérité saisissante que l'auteur de La Bicyclette bleue tiendra, jusqu'aux ultimes instants, ses héros comme son lecteur hors d'haleine !
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TOME 7 : CUBA LIBRE !
Pour oublier le désastre indochinois dans lequel ils ont été si tragiquement plongés, Léa et François, les héros de Rue de la Soie et de La Dernière Colline, s'embarquent pour Cuba. Mais, sur l'île où règne encore Batista, le dictateur soutenu par la mafia américaine, l'aventure les guette à nouveau. Très vite, Léa doit partir à la recherche de Charles, son fils adoptif, traqué dans la Sierra Maestra en compagnie des révolutionnaires qu'il a rejoints ; là, elle retrouvera le Che qui l'avait aimée en Argentine. Auprès de Castro et de Cienfuegos, Léa sera aussi le témoin des combats qui conduiront les guérilleros, en vainqueurs, à La Havane. De son côté, François, envoyé en observateur par le général de Gaulle à Alger, assiste aux événements du 13 mai 1958 et y voit grandir, avec inquiétude, la menace extrémiste. En fait, c'est le grand tournant des années 60, avec le crépuscule du colonialisme et l'exaspération de la guerre froide, que nous fait revivre Régine Deforges dans un roman aussi passionnant qu'un feuilleton, aussi vrai que l'Histoire...
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TOME 8 : ALGER, VILLE BLANCHE
15 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Léa est de retour en France. La guerre qui fait rage en Algérie agite tout le pays. De Gaulle charge alors François Tavernier de sonder, outre-Méditerranée, une population inquiète et une armée tentée par le putsch. Restés à Paris, Léa et Charles, son fils adoptif, prennent peu à peu le parti de l'indépendance et s'engagent aux côtés des "porteurs de valises", dans de dangereuses opérations de soutien au militants algériens.
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TOME 9 : LES GÉNÉRAUX DU CRÉPUSCULE
Léa et François Tavernier n'en finissent pas de se retrouver mêlés à des combats qui ne sont pas les leurs mais pour lesquels ils se mobilisent au nom de la liberté. Leur engagement met en péril leur amour, les porte à douter d'eux-mêmes et les expose à la mort. Dans les dernières années de la guerre d'Algérie, les voici confrontés aux malheurs du peuple algérien, au désarroi des pieds-noirs et aux tueurs de l'OAS... François, qui a la confiance du général de Gaulle, président de la République, lui fait part de ses inquiétudes à propos de l'avenir de l'Algérie, en butte aux attentats perpétrés par l'OAS auxquels font écho ceux du FLN. Devant le drame que vivent les deux communautés, européenne et algérienne, une issue rapide doit être trouvée. Pourtant, n'est-il pas déjà trop tard ?
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TOME 10 : ET QUAND VIENDRA LA FIN DU VOYAGE...
En 1966, le général de Gaulle, chef de l'État français, charge François Tavernier d'une mission aussi secrète que délicate : se rendre en Bolivie où Matis Barbie, le criminel de guerre nazi, a trouvé refuge. Là, avec l'appui de Dominique Ponchardier, ambassadeur de France à La Paz, il devra obtenir l'extradition du tortionnaire de Jean Moulin. A défaut, il lui restera la possibilité de l'enlever ; voire de l'éliminer... A peine débarqué, Tavernier se trouve en butte à l'hostilité déclarée des exilés allemands : les attentats contre sa vie se multiplient. Par bonheur, Léa qui l'a rejoint à La Paz, le seconde courageusement dans cette lutte sans merci. Lancés sur les traces de Barbie et des siens, François et Léa nous entraînent à travers un pays magnifique, tout secoué qu'il est par la guérilla qu'y mène alors Ernesto Guevara. Après le Français Régis Debray, c'est d'ailleurs à la cause du Che que Charles, fils adoptif de Léa, se rallie en secret ; il s'y jette avec toute l'énergie de sa jeunesse, mêlant la saga des Tavernier aux soubresauts de l'histoire sud-américaine des années soixante : le grand rêve révolutionnaire du Che, son combat désespéré et sa fin tragique défilent alors devant nous. Après avoir traversé tant d'épreuves, survécu à l'Occupation allemande, aux déchirements de l'Indochine puis de l'Algérie françaises, Léa et François se retrouvent de nouveau entraînés par le tourbillon de l'Histoire. Cette fois, pourtant, elle se parera pour eux de funestes couleurs... - Ainsi s'achève le cycle romanesque commencé par La Bicyclette bleue.


informations
DATE DE PARUTION : Parution du tome 1 en 1981, parution du tome 10 en 2007.
ÉDITION DE LA SAGA : Parue chez Fayard.
RÉSUMÉ DE LA SAGA : 1939. Léa Delmas a dix-sept ans. Sa vie se résume aux senteurs de la terre bordelaise, à la lumière des vignobles, à la tendresse des siens. La déclaration de guerre va anéantir l'harmonie de cette fin d'été et jeter Léa dans le chaos de la débâcle, de l'exode, de la mort et de l'occupation nazie. Léa va être contrainte à des choix impossibles.
NOMBRE DE TOMES : 10 tomes.
EST-ELLE TERMINÉE ? Oui.



©️ aurélie

Ton avis – Premier tome
RÉSUMÉ PERSONNEL : Léa Delmas, dix-sept ans, est une gamine égocentrique, prétentieuse, fougueuse. Elle croque la vie à pleines dents et obtient tout ce qu’elle désire, si bien qu’elle est de ceux qui ne désirent que ce qu’ils ne peuvent avoir. Comme Laurent d’Argilat, son ami de toujours qui doit se marier avec une autre. Et le désir qu’elle fait naître chez tous les hommes qui croisent sa route la gonfle d’orgueil et de plaisir. Léa est une enfant, une enfant privilégiée par une vie d’insouciance, par la facilité du quotidien, une enfant qui va devoir devenir adulte d’un seul coup lorsque la Seconde Guerre mondiale commence.
LA SAGA EN UN MOT : Fascinante.
UNE CITATION : « À quoi bon vous détromper, petite fille ?
J'ai des bonheurs, mais jamais un bonheur complet. Je suis habité par une souffrance aiguë, confuse et profonde, qui ne me quitte jamais. A vingt ans, je voulais écrire un livre sublime ; maintenant, je me contenterai d'un bon livre. Car ce livre, Léa, je le porte en moi. Mon travail d'écrivain, c'est le seul que j'aime vraiment, et c'est le seul que je ne parviens pas à faire. Tout me distrait et m'entraîne, je m'éparpille. J'ai l'ambition d'une gloire future, mais pas d'ambition quotidienne. Tout me lasse très vite. J'aime toute le monde et personne, la pluie et le beau temps, la ville et la campagne. Je garde au fond de l'âme la nostalgie du bien, de l'honneur et des lois dont je ne me suis jamais soucié. Quoique fâché de ma mauvaise réputation, j'ai la faiblesse d'en tirer vanité. Ce qui me nuit, voyez-vous, c'est de n'être pas un vicieux absolu, d'être généreux jusqu'à l'extravagance, le plus souvent d'ailleurs, par lâcheté, de n'avoir jamais fait semblant d'être un demi-vertueux, c'est-à-dire, comme tout le monde au fond, de préférer les mauvais garçons aux hypocrites qui prétendent avoir de l'honneur alors qu'ils en ont à peine plus que moi. Je ne m'aime pas, mais je me veux du bien.
»
UNE NOTE SUR 10 : 10/10 pour les émotions, les faits historiques, les personnages, le style, l'ensemble du livre !
TON AVIS : La Bicyclette bleue de Régine Deforges est, avant tout, une adaptation française du roman de Margaret Mitchell Autant en emporte le vent, demandée par son éditeur. À travers ce premier tome, l’adaptation est visible (je n’ai lu que le début du roman américain il y a longtemps mais les similitudes des premiers chapitres sont là) mais l’autrice prend rapidement son indépendance en nous livrant un premier tome exaltant et témoin puissant de cette guerre qui a secoué l’Europe puis le monde entier.

De l’été 1939 à la fin de l’été 1942, nous suivons tous les tressautements de l’Histoire. Nous vivons la préparation du conflit, l’invasion de la Pologne, l’entrée en guerre de la France, la trop grande assurance française, les tressaillements qui s’immiscent peu à peu au cœur de la population, la défaite de 1940, l’appel du Général de Gaulle, la mise en place de l’Occupation, la naissance de la Résistance, la mise en place de la Collaboration, la stigmatisation des minorités avec la population juive en tête de file, l’épisode terrible du Vél d’Hiv au mois de juillet 1942… C’est un pur plaisir que de suivre chaque détail historique, de prendre conscience du travail documentaire monstrueux effectué par Régine Deforges.

J'ai lu de nombreux ouvrages au cours de ma vie de lectrice, documents ou romans, traitant de la Seconde Guerre mondiale et je peux affirmer que, dans la liste de mes lectures, La Bicyclette bleue est le roman qui m’a le plus embarquée dans l’Histoire. J’y ai retrouvé énormément de détails et de faits historiques qui m’ont happée et m’ont fait vivre avec intensité le roman. Là où beaucoup de romans et documents se contentent de certains faits, certains épisodes comme la résistance d’une communauté, l’horreur vécue par un groupe de déportés, la tentative de survivre des français sous l’Occupation… Régine Deforges nous donne tout. Elle nous raconte tout, tous les angles, toutes les victimes, tous les bourreaux, tous les français qui attendent inlassablement que les choses passent. Je n’ai pas le bagage historique pour affirmer que le roman est complet mais, pour moi, en tant que lectrice, j’ai eu l’impression du début à la fin de ma lecture d’avoir en main toute l’Histoire. Et c’est le gros point fort de ce premier tome.

Les personnages de Régine Deforges côtoient régulièrement des noms célèbres, comme Jean Cocteau ou Sacha Guitry, des noms fortement liés à la culture française, cette culture mise en avant à chaque chapitre, cette culture faisant l’orgueil de la France et l’admiration des Allemands. Cette culture qui a eu une histoire forte et trouble à la fois durant l’occupation. Régine Deforges n’hésite pas à prendre parti sur certains faits historiques d’ailleurs, toujours bien documentés, et c’est un pur plaisir.
À travers cette culture et notamment la littérature, Régine Deforges rend un superbe hommage à la France, à ce pays que chacun admirait pour sa richesse intellectuelle. Mais elle reste lucide en montrant que l’intelligence n’a pas de camp naturel et que les intellectuels n’étaient pas bons ou mauvais mais que la zone grise était bien présente.

Cette France, d’ailleurs, elle est incarnée par son héroïne, Léa Delmas, cette jeune fille qui aime la vie, qui est passionnée, insolente, forte mais si fragile à la fois. Cette France dont on disait qu’elle possédait la meilleure armée du monde et qui s’est fait écraser par l’armée allemande. Cette France qui brille par ses arts et sa gastronomie malgré la guerre. Léa incarne tout cela, par son côté fougueux et tête-brûlée, par sa façon de dévorer la vie et ses repas en période de restriction. Par le plaisir de la chair, aussi.
Léa est une héroïne de féminisme, une gamine qui apprend à grandir trop vite mais qui gardera toujours son âme d’enfant tout en devenant une femme forte, consciente de ses désirs, de ses envies, de certaines de ses faiblesses et de ses forces. Léa mange comme elle fait l’amour, goulûment, avec passion. Léa navigue dans le monde comme dans les vignes du domaine familial, avec intensité et émotion, avec rage de vivre et d’aimer. Elle incarne le féminisme non pas parce qu’elle est l’héroïne parfaite mais parce qu’elle ne considère par son genre comme un obstacle et elle véhicule cette idée aux gens qui l’entourent de façon naturelle.

Léa rencontre des tas de personnes qui participent à sa construction, des personnages, principaux ou secondaires, qui sont construits à la perfection autour d’elle. De Laurent d’Argilat, l’homme d’honneur qui représente l’image de l’homme parfait aux yeux enfantins de Léa ainsi que ses désirs de jeune fille d’avant-guerre, de Camille d’Argilat qui est cette rivale fade pour elle mais qui devient finalement un pilier qu’elle ne soupçonne pas, de ses tantes incarnant cette France empâtée dans sa bourgeoisie qui vont tout perdre sauf l’essentiel, de François Tavernier qui est l’homme trop homme, justement, trop intégré dans un paysage adulte que Léa n’est pas prête à affronter intégralement, à Mathias qui montre que les choix viscéraux ne sont pas toujours liés à l’honneur, en passant par Raphaël Malh qui personnifie la définition d’égoïsme incontrôlable ou encore Sarah Mulstein qui nous fait pénétrer au cœur de l’horreur subie par le peuple juif… Chaque personnage permet finalement d’obtenir cette France diverse, ces personnalités qui forment ensuite un tout et qui permettent de mieux comprendre l’histoire, au-delà du bien et du mal, au-delà des vainqueurs et des vaincus.

Et à travers ces personnages, nous vivons l’Histoire, chaque chemin tortueux qui la façonne, à travers le regard de ceux qui savent ce qu’il se passe mais aussi de ceux qui ne voient rien, qui portent des œillères. L’épisode du Vél d’Hiv le montre, notamment, lorsque Sarah en fait le récit des semaines plus tard alors que Léa n’en sait rien même en ayant un pied posé sur le sol de la Résistance. La France s’est endormie en 1940 et rares étaient ceux qui étaient assez éveillés pour voir la réalité. C’est aussi cela qui est véhiculé dans La Bicyclette bleue : les Français n’ont regardé que ce qu’ils voulaient voir. La censure, l’oppression, l’Occupation… La vérité était cachée mais elle restait accessible pour qui voulait avoir les yeux grands ouverts mais, surtout, qui était capable de la supporter, cette vérité.

Ce premier tome a été un pur régal, une plongée délectable dans l’Histoire malgré les horreurs qui y sont décrites. Régine Deforges nous offre avec une fiction un véritable moyen de plonger dans des faits réels et c’est effectué avec une remarquable maîtrise. Les films sont bien fades à côté de l’œuvre et le féminisme qui s’échappe de chacune des pages est à louer quand on sait quelle place a tenu l’autrice en tant que femme dans le monde de la littérature.
À QUI LA CONSEILLES-TU ? À tous les passionnés de l'Histoire, à ceux qui aiment les romans d'aventure, ceux qui aiment découvrir le rôle des femmes dans la Seconde Guerre mondiale, ceux qui aiment la littérature française aussi. Et à partir de l'adolescence sans problème.


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MessageSujet: Re: [Saga] La Bicyclette bleue   Sam 5 Mai - 14:48

Avis Tome 2

Léa a vingt ans et c’est à travers la défaite de la France et l’Occupation allemande qu’elle s’est frayée un chemin jusqu’à l’âge adulte. Ce ne sont ni l’honneur ni la morale qui dictent ses choix mais son essence même, ce qu’elle est au plus profond d’elle-même. La mort, elle l’a croisée, la haine, elle l’a mesurée, l’horreur, elle la croise tous les jours. Et c’est en étant fidèle à elle-même qu’elle s’engage corps et âme dans la Résistance, qu’elle impose son aide à ceux qui la pensent trop faible ou frivole parce qu’elle est une femme. Aux côtés de ses amis, de sa famille, elle fonce tête baissée et partage sa vie entre peur, faim, plaisirs et lutte.

L’intrigue ne connaît aucun essoufflement, les événements s’enchaînent, qu’ils soient historiquement vrais ou liés à l’histoire fictive de Léa : l’ensemble se marie avec une harmonie qui donne l’impression que Léa Delmas a réellement exister. Régine Deforges nous offre un second tome haletant, ne laissant aucun répit à son lectorat entre horreur et plaisir, haine et amour. La richesse de l’intrigue nous tient en haleine du début à la fin, nous tient éveillés, nous fait pénétrer dans l’histoire.

Tout l’intérêt de suivre les aventures de Léa tient dans le fait qu’elle possède encore sa part d’enfant, qu’elle découvre chaque jour un peu plus la réalité de la vie : nous découvrons à travers ses yeux la réalité de cette guerre. Léa navigue entre le monde de la Résistance à travers ses engagements mais aussi le monde de la Collaboration, active ou passive, en étant en contact avec François Tavernier dont le rôle reste flou. Si on sait au fond de nous que François est du côté de la Résistance, Léa, elle, doute et c’est ainsi que nous pouvons la suivre dans cette danse macabre, cette course à l’information, aux secrets, aux gens à démasquer. Et, surtout, nous la suivons à travers la compréhension complexe d’une France occupée où tout n’est pas noir ou blanc, où la survie prend facilement le dessus sur le choix d’un camp ou d’un autre. Le cas de Raphaël Malh, notamment, cet écrivain égoïste qui vend ses ennemis comme ses amis est l’incarnation de cette survie, du « moi » avant « le peuple ». Léa nous aide à comprendre chaque aspect de la guerre à mesure qu’elle intègre ce qu’il se passe autour d’elle.

Et suivre Léa est d’autant plus exaltant que c’est une figure passionnée. Au-delà de son caractère de petite fille égocentrique, elle ressemble à chacun par son côté vivant, par ces moments où elle dévore la vie comme les victuailles. Par son attachement à la terre qui l’a vue naître. Ce n’est pas son caractère auquel nous nous identifions mais à ce qui a façonné l’ensemble de son être : nous venons tous de quelque part et nous sommes tous dotés de réflexes vitaux, nous mangeons, nous buvons, nous nous gorgeons du contact d’autrui, qu’il soit charnel ou autre. Nous sommes humains avant d’être des êtres intégrés dans une société.

Très sombre, ce second tome va encore plus loin dans la description du panel de choix faits par les français sous l’Occupation et de la façon dont ont été traités les gens au fil des épisodes historiques. De l’Occupation où les résistants étaient parfois vendus par leurs voisins jaloux à la libération de Paris où ces mêmes voisins se sont empressés de vendre les femmes à tondre. Ce tome met en relief toute l’horreur de la guerre, non pas à travers le sang et les morts mais à travers la nature humaine qui se plaît à regarder l’autre souffrir, qui se plaît à dénoncer l’autre pour ne pas attirer l’attention la prochaine fois qu’il faudra désigner un coupable, ou encore à travers ceux qui abandonnent et perdent la foi.
Mais ce tome met aussi en avant l’humanité, l’entraide, la solidarité. Il met en avant l’espoir qui persiste malgré les échecs, les morts qui se succèdent.

Régine Deforges m’a transportée dans ce tome et a su me faire vibrer. Elle a su me faire frémir, sourire, espérer. Son travail de documentation est encore une fois remarquable et m’a à nouveau donné envie d’aller plus loin, de fouiller au cœur de la guerre pour comprendre, apprendre et transmettre.

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MessageSujet: Re: [Saga] La Bicyclette bleue   Dim 6 Mai - 13:26

Avis Tome 3

La guerre est « gagnée », la France se libère du joug de l’Allemagne nazie et tente panser ses plaies… Mais la vengeance est au menu de bien des repas sur les tables françaises. Nombreux sont ceux qui cherchent à faire payer les coupables, qu’ils le soient réellement ou non. Les humiliations sont le pain quotidien de cette France blessée, tandis que les troupes alliées repoussent l’ennemi sur tous les fronts. Léa, elle, a perdu bien trop de choses et de personnes dans cette guerre pour retourner à Montillac. Elle ne veut pas voir les ruines de son enfance et s’engage au sein de la Croix-Rouge pour porter secours à ceux qui sont à l’agonie. Face aux camps de la mort, en Allemagne, Léa est à nouveau confrontée à l’horreur que peut engendrer l’être humain.

Les pertes humaines sont encore nombreuses et Régine Deforges nous rappelle que la libération de Paris n’a pas sonné la fin de la guerre. La libération de la France a été longue, la défaite de l’Allemagne nazie aussi et le sang a encore longtemps coulé.
La France qui s’est laissée endormir durant l’occupation s’est tout d’un coup réveillée pour se venger, pour se repaître du sang des traîtres mais aussi d’innocents… Et c’est toute l’horreur historique mise en avant par ce tome : les collaborateurs qui réussissent à changer de camp au bon moment, les français qui profitent de la « justice » pour humilier les traîtres, ceux qui, encore, dénoncent par jalousie, ceux qui se régalent face aux femmes tondues dont le seul crime a été parfois d’être amoureuses… L’histoire n’est pas faite que d’actes de bravoures.

Léa est orpheline, elle a tant perdu dans cette guerre qu’elle ne trouve le repos de l’esprit qu’en se vouant corps et âme à son nouveau but. Elle retrouve Sarah au milieu des camps de la mort, la sauve, reste traumatisée à la vue de son corps cadavérique, de la vie qui semble avoir disparu de ce qui n’est plus qu’une carcasse de chairs et d’os. Seules les apparitions de François lui permettent de garder la tête hors de l’eau.
Elle est cette France blessée, meurtrie qui peine à accepter toute l’horreur qui sort de l’ombre alors que la guerre touche à sa fin. Elle est cette France qui peine à accepter qu’en son sein, beaucoup ont trahi, beaucoup ont pris du plaisir à intégrer la Gestapo pour devenir pire bourreau que leurs formateurs. Elle est aussi cette France qui découvre avec terreur jusqu’où l’homme a pu aller par haine. Elle est cette France qui ne sait plus par quel côté entamer sa reconstruction.

Comme dans les deux tomes précédents, Régine Deforges nous offre une vision détaillée de ces derniers mois de guerre, de la lutte acharnée des alliés, de la défaite des nazis et de tout ce qu’ont vécu les peuples. Les vainqueurs écrivent l’Histoire, les vaincus subissent le courroux de leurs ennemis mais ce sont toujours les civils qui en souffrent le plus. Ces civils que décrit l’autrice face aux grandes figures de la guerre comme le Général de Gaulle qui a tiré les ficelles de Londres et est arrivé en vainqueur à Paris, puis a dirigé les troupes de la France libérée. Sans critiquer l’homme, Régine Deforges n’en dresse pas un portrait flatteur, elle le décrit finalement comme ce qu’il a dû être pour beaucoup de français : un homme qui a travaillé de loin et qui était ensuite trop au-dessus d’eux pour qu’il garde un visage de citoyen normal, comme eux. C’est ce que l’on ressent à la lecture.

Après ces trois premiers tomes relatant la Seconde Guerre mondiale, je ne peux que saluer le travail de Régine Deforges. Elle a su me passionner du début à la fin et, surtout, dresser un superbe tableau des français normaux qui ont vécu cette guerre. Elle n’a pas cherché à mettre en avant les grandes figures héroïques que nous connaissons mais a rendu hommage à ces millions d’anonymes qui ont œuvré à la libération de la France. Elle a su rendre hommage aux femmes aussi, montrant qu’elles étaient nombreuses à agir au sein de la Résistance. Elle a aussi rendu hommage à ceux qui sont morts inutilement, ces français pas vraiment collaborateurs mais qui ont fait naître du ressentiment chez leurs voisins, alors qu’ils n’avaient rien fait. Et elle a rendu hommage à ceux qui ont essayé de vivre en paix avec les allemands sous l’Occupation, non pas par appât du gain mais par humanité, par découverte des êtres avant leur nationalité, comme Françoise, la sœur de Léa, qui est tombée amoureuse d’un homme bon dont le seul défaut était d’être allemand.

Régine Deforges offre un hommage à l’Histoire de la France à travers différents combats et montre que même les pires horreurs peuvent voir vaincre l’espoir et l’amour.

Pour conclure sur les trois premiers tomes, je voudrais aussi saluer la richesse littéraire de la plume de Régine Deforges, qui nous offre régulièrement des citations, des évocations d’œuvres ou de grands écrivains. Les références sont nombreuses, sublimes, parfaites. Elles m’ont poussée à en savoir plus et à noter de nouveaux titres dans la liste de mes futures lectures. Régine Deforges était une personne à la culture littéraire immense qu’elle a partagée avec nous à travers ses romans. Une autrice de talent qui mérite une réelle reconnaissance.

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MessageSujet: Re: [Saga] La Bicyclette bleue   Lun 7 Mai - 12:49

Avis Tome 4

La guerre est terminée mais rien ne laisse de répit à Léa qui, au fil des années, s’est liée à de nombreuses personnes engagées comme elle. Toujours amoureuse de François Tavernier, elle se retrouve encore une fois au cœur de l’action à travers l’action vengeresse de Sarah Mulstein, son amie qu’elle a sauvée d’un camp de la mort, et de ses alliés dont le seul but est maintenant de venger les millions de morts. La faucheuse n’a pas fini de s’en prendre à l’entourage de Léa, la poussant à poursuivre son combat.

Léa a grandi, évolué mais, au fond, elle reste fidèle à elle-même : tout ce qu’elle traverse la touche au plus profond de sa chair. Lorsque Sarah lui raconte les horreurs qu’elle a vécues dans les camps de la mort, Léa s’effondre, passe de longs jours dans un état d’apathie, dans un coma protecteur même. Ses réactions physiques sont encore et toujours le moyen le plus violent pour extraire de son être ce qu’elle ne peut supporter. Les larmes ne signifient plus rien et son corps rejette le plus souvent le mal avec force et violence.

Mais ce mal ne s’est pas arrêté avec la fin de la guerre, bien au contraire : la défaite de l’Allemagne nazie n’a pas sonné la fin de l’horreur, tout comme la mort d’Hitler n’a pas mis fin à l’idéologie nazie. Et, malgré elle, Léa se retrouve engagée dans une nouvelle guerre, pour venger elle aussi ceux qu’elle a perdus.

Historiquement, ce quatrième tome aborde les conséquences de la Shoah et la façon dont certaines victimes ayant survécu reprennent en main leur vie. Enfin, ce qu’il reste de leur vie surtout : nombreuses sont les âmes brisées qui ne se remettent jamais de ce qu’elles ont vécu et qui cherchent, non pas à se reconstruire, mais à venger tout ce qu’elles ont perdu, proches comme dignité, joie de vivre comme espoir. Le personnage de Sarah, que nous suivons depuis le tout premier tome, est l’incarnation de cette population juive qui a tout perdu jusqu’à son souffle d’humanité.
Sarah était une femme forte, merveilleuse, fascinante. Lorsque la guerre a commencé, elle a cherché à mettre ses proches à l’abri avec l’aide de François Tavernier, puis elle s’est cachée lorsque les rafles faisaient rage. Ensuite, ayant tout perdu, elle s’est vouée corps et âme à la résistance, à la libération de la France mais, surtout, à la survie de ses amis. Arrêtée et torturée, son esprit s’est peu à peu brisé, son regard éteint. Internée ensuite en Allemagne, elle a vécu toujours plus d’horreur, jusqu’à l’ultime qui a fini de détruire tout ce qu’il restait d’elle.
La guerre terminée, Sarah est détruite et n’a plus suffisamment de forces pour se reconstruire, mais qui en aurait eu à sa place ? Qui, après avoir vécu l’inimaginable, aurait réussi à reprendre une existence normale ? Sarah est ce peuple juif à qui l’on a tout pris et qui ne possède rien d’autre qu’une haine viscérale, une haine qui la maintient en vie et la pousse à se venger coûte que coûte pour espérer retrouver la sérénité. Une sérénité qui n’arrivera jamais.

Encore une fois, Régine Deforges nous entraîne dans les remous de l’Histoire en nous faisant voyager jusqu’en Argentine où bon nombre de nazis sont venus s’installer, forts de leurs liens avec le gouvernement de l’époque. Alors que des milices secrètes juives se mettent en place à travers le monde pour les arrêter, n’ayant aucune foi en la justice internationale, la guerre n’est finalement pas réellement terminée. Encore aujourd’hui, des criminels nazis échappent à la justice (récemment dans Le Monde) alors on comprend, on comprend pourquoi certains survivants ont eu ce besoin viscéral de venger leurs morts.
Malheureusement, Régine Deforges nous rappelle aussi que la vengeance ne suffit pas à apaiser l’âme, loin de là, et qu’elle n’est qu’un moyen de trouver un but éphémère à une existence déjà brisée.

Si ce quatrième tome m’a moins fascinée que les trois premiers (c’était réellement la France sous l’Occupation qui m’intéressait le plus), il n’en reste pas moins superbe et chargé d’émotions. Il est encore plus sombre, chargé de haine mais aussi d’amour au fond. Après cette lecture, on ne peut qu’espérer ne plus jamais revivre de telles horreurs dans notre Histoire puis on se rappelle que, malheureusement, les génocides sont encore d’actualité et que la haine n’est pas prête de disparaître, quelles qu’en soient ses victimes.

Pour le moment, je m'arrête ici dans la lecture de cette saga qui a su me passionner et je reprendrai sûrement la suite plus tard, de peur d'être trop déçue par l'histoire qui semble s'essouffler dans les tomes suivants.

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